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Catégorie : Politique
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Face à la colère de la rue et à la mobilisation quotidienne de milliers de manifestants appelant à sa démission depuis une semaine en Haïti, Jovenel Moïse s'est finalement adressé à la nation. Dans une allocution diffusée jeudi soir sur les chaînes nationales de télévision, le président haïtien a déclaré qu'il ne quittera pas le pouvoir.

Au pouvoir depuis deux ans, Jovenel Moïse a rejeté toute démission ainsi que toute idée de céder le pouvoir à un régime de transition.

« À tous ceux qui crèvent de faim, qui mettent leur vie en danger pour fuir le pays, je vous dis que c'est pour vous que je me suis présenté à la présidence et je ne vous laisserai pas tomber », a déclaré le président d'Haïti lors de son discours.

    “Nous avons eu plusieurs gouvernements de transition qui n'ont rien donné. Je ne démissionnerai pas pour laisser le pays aux trafiquants de drogue”.

« La démocratie est liée aux droits et devoirs de chacun, a-t-il poursuivi. Il est inacceptable que des fonctionnaires manifestent avec des voyous et des gangs de rue. Cela ne fait pas honneur à la démocratie ni à nos institutions. »

Appelant ses opposants au dialogue pour trouver une issue à la crise, Jovenel Moïse a assuré qu'un « paquet de mesures a été pris par le gouvernement ».

« J'ai demandé au premier ministre de venir les expliquer et les appliquer rapidement pour soulager notre misère », a-t-il ajouté.

Critiqué pour son silence

Depuis le début des manifestations qui, en une semaine, ont causé la mort d'au moins sept personnes et d'importants dégâts matériels, ni le président ni le premier ministre Jean-Henry Céant et ses ministres ne s'étaient encore prononcés sur la situation avant cette allocution télévisée.

« Le président doit être maître de sa parole et décider quand il parle », avait indiqué à l'AFP Renald Lubérice, secrétaire général du Conseil des ministres, pour justifier le long silence présidentiel.

« Le pays est à la dérive. Si un président ne dirige rien, il vaut mieux qu’il parte », avait critiqué mercredi l’ancien premier ministre d'Haïti et ex-maire de Port-au-Prince, Evans Paul, dans une entrevue accordée au plus ancien quotidien du pays, Le Nouvelliste. Selon l'homme politique, le pouvoir en place se doit de rapidement prendre des initiatives pour protéger la population.


Soupçons de corruption

Après une journée de mobilisation particulièrement violente mercredi, la colère populaire se cristallise autour de Jovenel Moïse.

Malgré des appels à la trêve d'alliés du pouvoir, des manifestations et des blocages routiers ont eu lieu, jeudi, à Port-au-Prince et dans plusieurs régions du pays.

« Il dirige en amateur, a multiplié les promesses intenables, d'où le résultat aujourd'hui avec la révolte populaire », critique Marie-Yolène Gilles, directrice d'une organisation de défense des droits de la personne.

Pour promouvoir son programme baptisé « Caravane du changement », Jovenel Moïse a multiplié depuis mai 2017 les déplacements en province qui ont été autant d'occasions de promesses populistes. Comme en juin 2017, par exemple, avec l'assurance de fournir de l'électricité sur l'ensemble du territoire 24 heures sur 24, dans un délai de deux ans.

Gardant les ministres au second plan, cette caravane présidentielle a donné lieu à l'achat d'engins lourds et au lancement de grands travaux. Toutefois, le coût de cette politique n'a jamais été communiqué, malgré les demandes répétées des médias.

Les manifestants désormais frustrés de n'avoir pas constaté d'amélioration de leurs conditions de vie sont très mécontents du président qu'ils considèrent comme corrompu et soutenu par une bourgeoisie oligarchique.

Dans un rapport publié à la fin janvier, la Cour supérieure des comptes - qui a enquêté sur la gestion de fonds prêtés par le Venezuela à Haïti depuis 2008 - a noté que la société Agritrans, qui était à l'époque dirigée par M. Moïse, avait été payée pour réhabiliter une route, mais le contrat pour ce chantier n'a pas pu être retrouvé par les juges.

Cette entreprise agricole, créée en 2014 et qui a bénéficié en 2015 d'un prêt gouvernemental de 6 millions de dollars, soulève de nombreuses interrogations et génère des soupçons de corruption chez les opposants.

« Il était totalement inconnu du grand public, mais la candidature de Jovenel Moïse a attiré l'attention de plus d'un, car il avait des moyens », se souvient Marie-Yolène Gilles.

Un ancien entrepreneur

Avant d'entrer en politique, l'actuel chef d'État haïtien, âgé de 50 ans, avait fait carrière en créant plusieurs entreprises dans le nord du pays, dont il est originaire.

Traitement des eaux, secteur énergétique ou encore production agricole - d'où lui viendra son surnom pendant la campagne électorale de « Neg Bannan nan », c’est-à-dire « l'homme banane » en créole -, ce sont ces diverses expériences entrepreneuriales qui ont permis à Jovenel Moïse de rencontrer en 2014 son mentor, le président d'alors Michel Martelly, ancienne star du carnaval et tout aussi novice en politique avant son élection en 2011.

« C'était lors du voyage officiel du président Martelly en Allemagne, où une délégation d'entrepreneurs avait été invitée », a rappelé M. Lubérice.

Jean-Henry Céant, qui a été deux fois candidat à la présidence, a été nommé chef du gouvernement en septembre à la suite de la démission forcée de Jack Guy Lafontant.

Ami personnel de Jovenel Moïse, M. Lafontant était lui aussi novice en politique. Il a quitté son poste en juillet après une flambée de violence, trois jours d'émeutes provoquées par une tentative gouvernementale d'augmenter le prix des carburants.