La nouvelle de la disparition du professeur A. DUROSIER a provoqué une onde de choc dans le monde universitaire. Elle laissera difficilement indifférents ceux qui l’ont vraiment connu. A l’Université où je l’ai eu comme enseignant d’abord puis comme collègue, il s’est toujours comporté comme un maitre, un collègue, un conseiller,  un ami. Un(e)  étudiant (e) pour lui, c’était : « ma fille, mon fils ». Et ce n’est pas seulement à cause de sa représentation héritée de son passé de prêtre (qu’il est toujours resté).

Affable et d’une approche facile avec les jeunes, Amos DUROSIER vous mettait automatiquement en confiance à son contact, en tout temps. Il possédait le don rare de  pouvoir éclairer un débat avec une économie de mots tout en vous faisant voir les choses différemment et en maintenant  légère l’atmosphère. C’était un VIR BONUS, un homme bon, dans le sens que donnaient les romains à ce mot. Il cultivait un sens élevé du devoir et s’engageait dans tous les combats pour la modernisation de l’enseignement supérieur, condition de la modernisation du pays, croyait-il.

Nous avions en partage de croire qu’il n’y a aucune chance de sortir Haïti de ses travers séculaires sans une profonde réorientation de son système éducatif. C’est fort de cette idée qu’il m’a embarqué,  avec le professeur Michel-Ange PANTAL, en 1992, en mobilisant des enseignants à Port-au-Prince pour aller mettre en place le département d’Economie à l’Ecole de Droit des Gonaïves.

Pour accompagner la décentralisation de l’enseignement supérieur. Souvent, il utilisait sa propre voiture pour rallier la ville des Gonaïves sur une route qui était extrêmement défoncée à l’époque, à la limite du praticable.  Il fallait vraiment une âme de bénédictin pour poursuivre cette expérience tous les week-ends pendant toutes ces années. Je vous fais grâce de nos péripéties quand la voiture tombait en panne ou que nous devions la laisser en chemin. Cette expérience unique nous a enrichis d’une amitié extraordinaire de générosité, d’entregent et de professionnalisme en la personne d’un mécanicien de la ville de Saint-Marc,  Monsieur Jacques MORTEL.

Amos DUROSIER était passé maitre dans l’art d’allonger le temps. Ses journées de travail étaient extrêmement remplies d’activités les plus diverses au service des autres, comme s’il ne savait pas être fatigué, comme si ses journées à lui comportaient plus que vingt-quatre heures, en tout cas, beaucoup plus que celles des autres. Ce n’était pas quelqu’un qui remettait à demain ce qu’il pense devoir faire aujourd’hui.

Professeur à temps complet, membre de plusieurs organisations : Rotary, groupe Charismatique, très impliqué dans la vie de l’Université, il ne ratait pas une réunion à laquelle il était invité et ne faisait jamais faux bond sur un travail dont il avait la responsabilité. Il faisait tout ça sans faire de bruit. Il était de tous les combats pour faire avancer les causes dans lesquelles il croyait, celles de l’Université d’abord qui l’a vu, avec  un groupe d’autres professeurs dont principalement Narcisse FIEVRE, Philippe ROUZIER et quelques autres, porter sur les fonds baptismaux, en 1983, le Centre de Techniques de Planification et d’Economie Appliquée (CTPEA) qui a formé plusieurs générations d’excellents économistes, planificateurs et statisticiens pour le pays.


Malgré son âge relativement avancé - qu’il portait bien - et sa grande culture, Amos DUROSIER était un homme sobre qui aimait les gens.  Il est vrai que son charisme en imposait, il ne se prenait pourtant jamais la tête. Personne n’a  jamais surpris Amos DUROSIER en train de crier un mot plus haut que l’autre, quelque soient les circonstances. Il semblait toujours en contrôle. Il était de la race des grands hommes dont le seul écho de l’évocation de leur nom devrait pouvoir évacuer le vide qui remplit notre quotidien et neutraliser les effets des coups-bas et des mesquineries qui réduisent les hommes à l’état de nature et les écartent de leur destin d’Homme.

Amos DUROSIER chérissait la tranquillité et la vertu. Il vivait ce que les stoïciens présentent comme une vie vertueuse, dans ce sens qu’il cherchait à rendre ses proches heureux, à partager son savoir pour aider les autres à mieux vivre.  Avec son départ pour l’orient éternel, nous savons qu’Haïti s’est dépouillé d’une composante irremplaçable et l’Université a perdu l’un de ses plus compétents et plus valeureux éléments qui vivait son travail d’enseigner avec passion, comme un sacerdoce.

A son épouse Arlette, à ses quatre enfants : Daniel, Paul-Alain, Pascale et Alexandre ; aux membres de sa famille ; à ses nombreux anciens étudiants de la Faculté de Droit et des Sciences Economiques, de l’INAGHEI, du CTPEA, de l’IHECE ; à tous ceux que ce deuil afflige, je présente mes sincères condoléances.

Amos DUROSIER a marqué son temps. Il a fait bon usage des « talents » qu’il a reçus de son DIEU.  

Que son âme repose en paix.

Wilson Laleau.

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