8 Mars : Journée Mondiale des droits des femmes ! C’est le moment de tirer le bilan du mouvement féministe. En Haïti, où en est - on avec les droits économique, politique et social des femmes, 25 ans après l’adoption de la résolution de la plateforme d’action de Beijing ?

Solidarite Fanm Ayisyèn.- SOFA vient de célébrer ses 34 ans, le 22 février dernier. 34 années de combat sans relâche pour le respect des droits des femmes à tous les niveaux. Grâce à sa dextérité, SOFA a réussi à maintenir ce mécanisme organisationnel qui constitue plus que jamais pour les femmes de toutes catégories d’âges et de classes, un espace de pratiques de luttes démocratiques, de solidarité aux femmes victimes de toutes formes de violences. C’est aussi un espace de recherche collective de solution aux problèmes liés à la féminisation de la pauvreté, aux droits à la participation des femmes dans les espaces décisionnels et à la santé. La Santé, un droit négligé dans le pays et pour lequel, nous continuons d’exiger des dirigeants des infrastructures de santé adéquates pour faire face à des maladies et des épidémies du type de COVID 19. Nous sommes d’autant plus préoccupées par la menace de cette épidémie que les femmes en tant que dispensatrices de soins sont les plus exposées.

C’est fort de ses engagements pour les droits humains en général qui incluent les droits des femmes, qu’à l’occasion de ce 8 mars, nous disons NON à la banalisation du droit à la vie en Haïti !

Les corps de nos frères et sœurs sont dévorés par des animaux lors du massacre d’Etat de Lasaline, des compatriotes fuyant la misère, le chômage, l’insécurité, ont péri dans la mer de Bahamas, les enfants défavorisés sont asphyxiés dans un orphelinat, pas un seul mot de solidarité de la part des autorités de l’Etat !

D’un autre coté, 150 gangs actifs au moins sont répertoriés sur le territoire. Des bandits disposent de plus de 500 mille armes illégales pour instaurer un climat de terreur, organiser des kidnappings, viols collectifs et endeuiller les familles. A qui profite cette situation de terreur ? Pourquoi aucune explication des instances concernées de l’Etat sur l’insécurité grandissante ? Qui a l’autorité exclusive d’importations d’armes à feu et de munitions ? L’ETAT. Qui contrôle les frontière, port et aéroport où passent les armes à feu ? L’ETAT. Donc, il incombe aux dirigeants de l’Etat d’assurer la sécurité de la population, de freiner des actes de kidnapping et de viols.

La Solidarite Fanm Ayisyèn.-SOFA se demande avec quel aplomb le gouvernement interviendra-t-il le 8 mars sur les droits des femmes, quand nous les femmes, tous les jours nous craignons pour notre vie et celle de nos familles. Nous sommes constamment exposées au viol collectif et kidnapping, ce qui empêche aux femmes de vaquer librement à leurs activités coutumières notamment les commerçantes\marchandes. Le corps des femmes est utilisé le plus souvent comme territoire de guerre lors des affrontements de gangs rivaux dans les zones dites de non droit.

 

En ce jour du 8 mars, chaque féministe doit procéder à une profonde analyse sur le mode de lutte à mener pour combattre cette situation de terreur installée par le pouvoir en place. Ce climat de terreur rappelle aux féministes les mécanismes d’abus émotionnels utilisés généralement par les hommes violents pour asseoir leur domination sur les femmes. Le gouvernement tente d’utiliser les mêmes manœuvres pour tétaniser la population tout en instrumentalisant les revendications populaires et celles du mouvement féministe notamment en ce qui concerne la participation des femmes dans les espaces décisionnels. La terreur ne saurait s’ériger en modèle de gouvernance. !

Il est évident que le kidnapping est une forme extrême de violences. Son objectif c’est de nous déshumaniser. Il ne diffère pas du mécanisme d’appropriation du corps des femmes au moment du viol. Donc, le kidnapping participe de la même logique politique de contrôle absolu du pouvoir sur les citoyennes et citoyens. Ainsi, le pouvoir se délecte du désarroi et se moque des revendications populaires. Actuellement, le kidnapping remet en question tout ce que Haïti représente comme pays : Terre de Liberté. Le kidnapping remet également en question une valeur fondamentale pour les féministes : Le droit à l’autodétermination.

Dans un contexte d’insécurité et de turbulences, ajouté à la cherté de la vie et la dégringolade de la gourde, la SOFA se demande en quoi le programme de crédit du gouvernement de facto peut-il contribuer à l’amélioration des conditions de vie des femmes. Ce programme ne s’apparente-t-il pas plutôt à de la démagogie ou encore une stratégie économique accompagnant la répression et la terreur pour que l’équipe PHTK se maintienne et se renouvelle au pouvoir.

La Solidarite Fanm Ayisyèn.- SOFA veut aussi profiter de ce 8 mars pour attirer l’attention sur la stratégie de « douche écossaise » (douche froide et chaude) de la Communauté Internationale par rapport à la situation des droits des femmes. Alors que Madame Bachelet, Responsable du Haut Commissariat des Droits Humains a déclaré à une réunion marquant le 25 ème anniversaire de la Plateforme d’action de Beijing “ les droits des femmes sont menacés et attaqués ”. En Haïti, cette même institution à travers le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH) supporte inconditionnellement Monsieur Jovenel Moise qui met la vie des femmes en danger et qui prend un ensemble de mesures qui tendent à fragiliser les acquis démocratiques.

En dépit des protestations de tous les secteurs exigeant la démission de Monsieur Jovenel Moise pour corruption, pour violations systématiques des droits humains et pour incompétence, la communauté internationale ne pense qu’à sauver le mandat de Monsieur Moïse. Or, il est clair que les actions de Monsieur Moïse vont à l’encontre de tout principe démocratique et de bonne gouvernance. Monsieur Moise criminalise systématiquement le mouvement social qui exige une reddition de compte sur la gestion du fonds de Petrocaribe. Il procède à des arrestations des militantes et militants et les disparaissent certaine fois. Monsieur Moïse n’a pas pris aucune disposition pour organiser des élections ce qui entraine l’inexistence d’un parlement pour contrôler les actions gouvernementales. Cette situation lui offre la latitude de nommer son Premier Ministre sans concertation avec d’autres acteurs politiques, former son gouvernement et diriger par décret. Ainsi, l’arrêté relatif à la question de sécurité et de défense ne vise qu’un objectif : Contourner des procédures de passation de marché public en vue d’avoir plus de liberté pour contractualiser avec des firmes amies dans le secteur énergie notamment. Les caisses de l’Etat continueront à être pillées en toute impunité.

Monsieur Jovenel Moïse attaque les droits politiques des femmes lorsqu’il décide d’utiliser l’argent du trésor public et de mobiliser plusieurs dizaines de policiers de l’Unité de Sécurité Générale du Palais National (USGPN) pour assurer la sécurité de l’ancien président au Carnaval. Une activité qui sert de prétexte à Sweet Micky pour lancer sa campagne électorale dans le Nord du Pays. Ces agissements sont la manifestation de la volonté d’utiliser les biens de l’Etat au service du Candidat du Parti au pouvoir au détriment des autres acteurs politiques. Avec une propension aussi avérée pour favoriser le Candidat du PHTK, la SOFA s’interroge sur la volonté de l’équipe au pouvoir de réaliser des élections équitables. Donc, avec Moïse au pouvoir, les femmes auront peu de chance de bénéficier des mêmes privilèges et des mêmes droits que leurs adversaires du Parti au pouvoir. D’ailleurs, le PHTK et alliés avaient fait la démonstration en 2015 que c’est sur la force des armes qu’il compte pour accéder au pouvoir. Selon une étude réalisée par la SOFA sur les violences électorales, la sous-représentation significative des femmes à la 50ème législature (4 femmes \169) serait expliquée entre autres par les violences régnant durant la période électorale.

Pour répéter Madame Bachelet “ L’heure n’est plus à la complaisance, les dangers sont réels”. Mesdames ! Nos droits sont menacés avec ces autorités qui s’affublent de l’épithète de bandit légal et qui utilisent toute sorte de stratagème pour se maintenir au pouvoir et se renouveler. Nous devons comprendre que l’édifice ne peut plus accepter une couche de peinture supplémentaire. Il a besoin d’être reconstruit. C’est la raison pour laquelle, la SOFA pousse un cri d’alarme pour demander ou sont passées les élites politique, économique, intellectuelle et sociale du pays ?

Nous avons la lourde responsabilité de constituer un large front regroupant les progressistes et les démocrates conscients de l’imminence de la reconstruction du pays et de la refondation de la nation pour rompre avec le système économique et politique qui produit les inégalités, l’exclusion, la corruption et l’impunité. C’est à nous de demafiatiser l’Etat et d’illégaliser les bandits de tout acabit. Et ce, en vue de retrouver notre dignité en tant que peuple et de pouvoir jouir de nos droits fondamentaux et d’atteindre l’Egalité de droit et de fait avec les hommes

La lutte des femmes c’est la lutte des masses populaires !

 

Sabine LAMOUR

Coordonnatrice Générale

SOFA

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