En s'engouffrant dans l'ère de la transition démocratique, Haïti est entré dans une spirale de dérégulation dans tous les domaines. Pour tous les champs, nous avons opté pour le populisme, à défaut de pouvoir provoquer un chambardement général pour implanter un nouveau système politique. Nous avons choisi délibérément de sortir des normes et de faire tomber toutes les barrières qu'imposait la tradition universelle pour faire de la politique.

Nous avons introduit un système de barrière libre. Dès lors, la partie devenait belle pour tous les délinquants, mécréants, malandrins de toute catégorie. Nos institutions sont désormais occupées par des représentantes et représentants inaptes qui, avant, ne sauraient prétendre à accéder à la fonction publique encore moins à la gestion de l'État au plus haut niveau.

Vous et nous avons vécu assez longtemps pour assister à cette dégringolade où n'importe qui aspirait à n'importe quelle charge publique pour laquelle, les principes de la morale publique, les normes de l'éthique comme filtre, au prime abord, les maintenaient loin des commandes de l'État. La bonne tradition faisant du pouvoir un lieu de prestige où seuls les plus méritants pouvaient concourir, a été sacrifiée au nom de la démocratie qui, soi-disant, garantit la participation de tous, sans aucun préjugé d'antécédents dégradants et infamants. Cette «bamboche» de participation sans restriction consacre la réalité d'un pays perçu comme une république d'impunité en tout.

Pour cause, les Chambres législatives, l'exécutif et le pouvoir judiciaire sont pris d'assaut par toutes sortes de délinquants en quête d'immunité que confère la fonction officielle. Graduellement, nous nous sommes trouvés dans une réalité d'un pays gouverné de toutes parts par une véritable association de malfaiteurs. Ces dernières décennies ont été illustrées par des scandales impliquant des officiels de tous rangs impliqués dans des délits et trafics illicites. Si la faiblesse de notre justice les a laissés en liberté, ils n'ont pas pu échapper à la justice transnationale au titre d'accords bilatéraux qui lient notre pays avec d'autres nations, les États-Unis, la République dominicaine, la France, notamment. Anciens parlementaires dont un ancien président du Sénat de la République, anciens membres de la Police nationale incluant un directeur général, ancien responsables de la Brigade de lutte contre les stupéfiants (BLTS), jusque hier encore. Parrains notoires du trafic de drogue liés au président de la République, ancien responsable de la sécurité présidentielle, ancien responsable de la sécurité au niveau de l'aéroport international, Sénateur élu et ancien responsable de police, petits et grands passeurs, bandits de tous acabits pris en photos avec les plus hauts responsables et aspirants responsables de l'État, anciens maires, ancien député etc.

De dérégulation en dérégulation, on en est arrivé aux élections de 2010-2011 avec l'accession  au pouvoir d'une équipe de gens sans aucune moralité, des charognards à la voracité insatiable qui se sont jetés à pleines dents sur les dépouilles de la nation. Ils se proclament eux-mêmes «bandits légaux» et le pays n'avait aucune idée de ce qui se cachait derrière cette assertion. L'équipe sans scrupules, qui est arrivée au pouvoir avec Michel Martelly, comme dilapidateurs, n'a aucun antécédent dans notre histoire. Ils peuvent faire rougir Septimus Rameau en personne, connu pour avoir détourné le premier emprunt public, sous Michel Domingue (14 juin 1874-15 avril 1876). En effet, depuis l'Indépendance en 1804, notre pauvre pays n'avait jamais eu autant de liquidités disponibles dans le Trésor public. Notre petite économie exsangue dépendante de l'aide publique au développement n'avait jamais généré des milliards de dollars de recettes. L'accord PetroCaribe nous offrait cette possibilité avec une perspective de mobiliser ces ressources pour mettre le pays sur la rampe de lancement pour le développement. Les autres nations bénéficiaires du programme PetroCaribe ont su refaire leur retard dans beaucoup de domaines. Quant à nous, cet argent a été enrichir des gens sans aucune conscience ni aucun sentiment d'appartenance à un pays pauvre et qui ont mis les bouchées au centuple, pour refaire leur retard d'enrichissement, au détriment du pays et surtout de la majorité démunie que nous avons laissé vivre comme des animaux depuis 215 années...

Pour une raison qui nous échappe encore, mais qui a à voir certainement avec l'argent disponible «à grande hygiène» pour reprendre Maurice Sixto, qui a à voir également avec la manipulation et l'intoxication facile d'une majorité hébétée qui a consommé la «banane» jusqu'à la diarrhée, cette équipe de dilapidateurs a pu se reproduire au pouvoir à travers le candidat Jovenel Moïse. Malgré un handicap juridique, au regard d'un rapport défavorable de l'Unité centrale de renseignements financiers (UCREF) accusant le candidat Jovenel Moïse de blanchiment d'argent à travers ses entreprises, sa candidature est validée par le Conseil électoral, puisque M. Moïse n'a pas encore été condamné par la justice pour les faits reprochés. Dans tout autre pays qu'Haïti, le candidat aurait renoncé à sa candidature, à cause de l'aspect moral de la question. Il aurait subi une telle pression de la société que son désistement aurait été automatique. Mais, chez nous, la tradition d'impunité est bien assise et la corruption fait partie du système, cela ne dérange pas... Tous les délinquants infréquentables dans l'ancienne société haïtienne, prétendent aujourd'hui devenir président de la République, sénateur, député, maire ou autre. Le prestige et l'honneur ne tiennent plus lieu de prérequis pour se lancer dans l'arène publique. Haïti a baissé la garde, les référentiels universels ne s'appliquent pas à nous, rien n'est rien. Il n'y a aucun handicap que des malveillants notoires, des gens douteux, aspirent aux plus hautes fonctions.

Jovenel Moïse est arrivé au pouvoir avec une suspicion qui ne l'a jamais laissé. Ses opposants en se référant au chef de l'État l'étiquettent « d'inculpé» pour lui enlever la légitimité requise pour diriger un pays. Mais qui cela dérange-t-il, pour reprendre l'expression popularisée par le président Jocelerme Privert ? Ça ne dérange pas! Et voilà qu'un rapport de la Cour supérieure des comptes et du contentieux administratif (CSCCA) épingle le Président de la République qui s'est rendu coupable d'un cas avéré d'escroquerie au détriment de l'État. Pour moins que cela en Israël, en Allemagne, au Brésil, au Costa Rica, en Corée du Sud, au Panama, en Équateur, au Pérou, en Uruguay et ailleurs, on démissionne ou on est destitué. Les exemples ne manquent pas. Haïti peut-il, une fois de plus, dans un aspect quelconque de son fonctionnement, être l'exception ? Un cas particulier ? Que serions-nous comme peuple, si nous acceptions cette situation sans exiger le départ du Président de la tête du pays ? Pouvons-nous vivre avec cette infamie où le Chef de l'État devient la risée de tout le monde sur les réseaux sociaux, dans les émissions de libre tribune, dans les missions diplomatiques où l'on rit de nous en cachette ?

 

«La femme de césar ne doit pas être soupçonnée»

Il y a une maxime rapportée par Plutarque qui s'impose comme une norme incontournable en politique partout dans le monde depuis l'Antiquité : « La femme de César ne doit pas être soupçonnée». Par extension, ce principe s'applique aux personnalités officielles et aux institutions qui doivent être à l'abri des accusations. L'application rigide de cette exigence veut que les personnalités et les institutions «doivent tellement être irréprochables qu'aucun soupçon ne puisse les entacher. Sinon elles doivent être écartées ou destituées avant même de savoir si les soupçons sont justifiées ou non» ( voir Expressio.fr).

Chez nous aujourd'hui, on est loin de cette exigence de correction totale de la femme de César. Tous les soupçons pèsent sur la première dame de la République dans le dossier dit «Dermalog». Dans l'Antiquité, cette exigence d'être au-dessus de tout soupçon s'appliquait aussi à César, même si l'on était complaisant sur ses frasques sexuelles. Le président de la République doit être au-dessus de tout soupçon. Il est intolérable d'avoir du chef de l'État, l'image d'un escroc. Si Haïti et ses citoyens pouvaient accepter, en marge des attitudes universelles, d'être dirigé par un escroc, nous finirons d'exister, nous serions une fois de plus un laboratoire pour le reste du monde où toutes les choses se font à l'envers et où dans notre monde, tout est permis et admis.

Si avant les élections de 2016, la Cour des comptes avait émis un tel rapport qui épinglait le candidat Jovenel Moïse qui avait fraudé l'État, sa candidature aurait été invalidée. Cela dit, c'est en toute imposture que Jovenel Moïse est arrivé au pouvoir. Son statut d'escroc, à partir du rapport de la CSCCA aurait été un handicap juridico-moral. Aujourd'hui que l'on a le véritable profil du président qui perd toute légitimité pour continuer à être le premier d'entre nous et nous diriger, le pays, comme une seule femme, comme un seul homme doit dire non, ça suffit. Le président Jovenel Moïse, de ce fait n'a plus de pouvoir de convocation. Il ne lui reste plus aucun prestige, il s'est déshonoré pour mériter d'être le premier personnage de la nation. Avec un tel déficit de prestige et de crédibilité, comment peut-il continuer à nous représenter, à recevoir des dignitaires étrangers, au nom de la République et de ses citoyennes et citoyens ? Seront-ils d'ailleurs à l'aise, pour s'asseoir avec lui ? L'éthique et la morale publique exigent qu'Haïti révoque son président s'il ne veut pas lui-même démissionné. À ce carrefour, on attend les institutions de contrôle, les deux branches du Parlement qui risquent de tomber avec Jovenel Moïse, à défaut d'être à la hauteur des attentes de la nation. Notre pays doit revenir aux lettres de noblesse du pouvoir : Honneur et prestige !

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