Après trois longues journées de négociations, les acteurs politiques haïtiens n’ont pas pu arriver à un accord. Une solution concertée de sortie de crise n’est pas pour demain. C'est sur l'impossibilité de s'éntendre sur la question de la réduction du mandat du président de la République, que les participants ont constaté leur désaccord aux environs de 2 heures du matin, samedi 1er février après trois journées de négociations politiques à la Nonciature apostolique.

Si les organisateurs de la rencontre et les membres de l'opposition confirment l'échec des pourparlers, le gouvernement, par un communiqué du secrétaire d'État à la Communication, dit qu'il y a des avancées et que les pourparlers vont se poursuivre. Le ton triomphant du texte ne donne cependant aucune date.

Initiées sous l'arbitrage du BINUH et de l'OEA, les trois journées de négociations politiques n'ont débouché sur aucun accord politique ni sur aucune nouvelle date pour reprendre les pourparlers. Cet échec est le deuxième du genre pour une tentative de trouver une solution concertée à la crise après celle de décembre dernier à la nonciature apostolique.

Pour l’essentiel, l’opposition a présenté comme solution de sortie de crise, le choix d’un Premier ministre par les éventuels signataires de l’accord à la nonciature apostolique et la société civile, la formation d’un gouvernement de consensus avec tout le monde ou presque en concertation avec le chef de l’Etat, la formation d’une assemblée constituante, entre autres. Le président de la République resterait en poste jusqu’au 7 février 2021 date à laquelle il remettra sa démission, selon ce qu’a rapporté au Nouvelliste Paul Denis de l’organisation politique INIFOS, partie prenante aux négociations.

Les signataires de l’accord de Kinam et les représentants du président de la République ont quant à eux proposé la formation d’un gouvernement de consensus mais n’ont pas voulu accepter la réduction du mandat du chef de l’Etat.

« Après de longues heures passées à discuter sur ces deux propositions, l’opposition est restée sur sa position et les partisans du pouvoir sont restés aussi sur leur position. On a pris acte qu’on ne peut pas trouver un accord. Les négociations ont échoué… », a indiqué au Nouvelliste Paul Denis qui était le premier à laisser la nonciature apostolique.

Un membre de la Société civile qui a pris part aux négociations à la nonciature apostolique a fait savoir au Nouvelliste que les représentants du pouvoir ont laissé comprendre que le président serait disposé à laisser le pouvoir à la fin de l’année 2021. Ce qui est considéré comme une proposition dilatoire par l’opposition politique. « Nous sommes restés bloqués sur ces propositions jusqu’à 2 heures du matin ce samedi. Pour le moment, il y a aucune date pour la reprise des pourparlers », a avancé notre source.

« Il n’y a pas eu de problème sur la formation du gouvernement de consensus, nous avons achoppé sur la question de la réduction du mandat du président de la République… », a indiqué notre contact.

Pour le gouvernement, il y a des avancées et les pourparlers vont se poursuivre

Parallèlement, dans un communiqué publié samedi matin, le gouvernement a laissé comprendre toute autre chose sur ces négociations. «…au cours de trois jours de discussions déroulés sereinement à la Nonciature les protagonistes présents ont parvenu à une entente sur les points suivants :1. La question relative à la constitution et la mise en place d’une constituante; 2. L’élaboration d’une feuille de route », lit-on dans le communiqué du secrétaire d’Etat à la communication.

« Suite à cette assise déroulée en présence du Bureau Intégré des Nations Unies (BINU) et de l’Organisation des États Américains (OEA), les représentants des différentes parties se sont accordés en vue de poursuivre les pourparlers autour des points de désaccord qui subsistent dans l’objectif de façonner enfin cette entente politique nécessaire à un dénouement pacifique et durable à la crise. Les points de désaccords concernent l’adoption d’un calendrier réaliste et une gouvernance de consensus basée sur la compétence », a fait savoir le gouvernement soulignant que le président Jovenel Moïse a tenu à réaffirmer qu’il n’est pas « attaché à un mandat mais plutôt à des réformes qui devront être inscrites dans un calendrier réaliste et accepté par toutes les parties. »

Contrairement au communiqué du gouvernement, l’ONU qui supportait ces négociations a reconnu l’échec des pourparlers. « Le Core Group (composé de la Représentante spéciale du Secrétaire général des Nations Unies, des Ambassadeurs d’Allemagne, du Brésil, du Canada, d’Espagne, des États-Unis d’Amérique, de France, et de l’Union Européenne ainsi que du Représentant spécial de l’Organisation des États Américains) remercie le Nonce Apostolique et son équipe pour avoir accueilli la « Conférence politique pour une sortie de crise » ces 29, 30 et 31 janvier derniers et regrette que les participants aux discussions n’aient pu parvenir à un accord malgré leurs efforts. Réitérant leur soutien aux institutions de l’Etat et au peuple haïtien, les membres du groupe invitent l’ensemble de la classe politique et des secteurs de la société haïtienne à prendre leurs responsabilités face aux défis auxquels le pays est confronté. Le Core Group se tient prêt à soutenir toute initiative constructive de dialogue offrant une perspective réelle de résolution de la crise politique et institutionnelle dans laquelle Haïti demeure plongé », lit-on dans un communiqué.

Trois signataires de l’accord de Marriott sur cinq, à savoir Mache kontre, la société civile, le Bloc démocratique,  les signataires de l’accord de Kinam, des partis politiques signataires d’aucun accord comme le RDNP, KONA, INIFOS et Palmiste, des représentants du président de la République Rénald Lubérice, secrétaire général du Conseil des ministres, Jessy Ménos et Jude Charles Faustin étaient depuis mercredi à la nonciature apostolique pour tenter de trouver une solution à la crise.

Des observateurs comme la Fédération protestante, la Conférence des évêques de l’Eglise catholique, la Conférence des recteurs et présidents d’universités haïtiennes (CORPUAH), entre autres prennent part aussi à ces négociations organisées avec le support du Bureau intégré des Nations unies pour Haïti (BINUH) représenté par  Helen La Lime, représentante spéciale du secrétaire général des Nations unies et le soutien de l'Organisation des Etats américains, représentée par Cristobal Dupouy. »

Robenson Geffrard

Source : Le Nouvelliste

 

 

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