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Catégorie : Politique
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Dans une interview accordée à l’agence EFE le président de la République, Jovenel Moïse, est longuement revenu sur la crise politique qui secoue le pays depuis plus de trois mois et en a profité pour annoncer  que les négociations pour la formation d'un gouvernement d’union nationale vont bon train et, qu’avant fin décembre, le pays pourrait avoir à sa tête un gouvernement légitime. Evoquant les raisons pour lesquelles il refuse jusqu’ici de démissionner, le chef de l'État haïtien a également plaidé pour une nouvelle Constitution devant doter la présidence de plus de pouvoir avant de s’en prendre une énième fois au « système » qu’il entend combattre, précise-t-il, pour faire respecter les intérêts du peuple.

« Ce que je regrette le plus, c'est de ne pas avoir travaillé pour mieux comprendre le système au début. Ça m'a pris trop de temps […] Nous avons un système de prédation sauvage. Ce n'est pas facile », a reconnu le président Jovenel Moïse revenant sur les erreurs qu’il reconnait avoir commises durant cette crise.

 

« Je ne suis ni gardien, ni héritier, ni maître du système. Je suis le président de tous les Haïtiens, de ceux qui sont riches et de ceux qui sont pauvres. Je ne suis pas seulement le président des pauvres ou des riches. Je suis le président de tous les Haïtiens. Je suis également le président de la loi. J'appliquerai la loi », a ensuite martelé le président Moïse, prenant ses distances avec le « système » qu’il décrit comme extrêmement complexe.

 

Par ailleurs, Jovenel Moïse justifie son maintien au pouvoir, en dépit du fait que presque tous les secteurs de la vie nationale réclament sa démission, par ses promesses de campagne, sa conviction ainsi que sa vision du pays. Lors de cette interview accordée à EFE, le président Moïse a encore promis de doter le pays des infrastructures nécessaires – routes, services électriques et hydrauliques, infrastructures numériques – à son développement.

 

« Aucun pays au monde ne peut parler de développement sans ces choses », a rappelé le président de la République qui dit travailler très dur, plus de 20 heures par jour parfois, pour tenter de trouver une solution à cette crise avant que l’année 2019 n’arrive à son terme et pour que d’ici là, un Premier ministre issu de l'opposition – ou quelqu'un de neutre ou quelqu'un de la société civile – entre en fonction.

 

« Il n’est pas normal que le pays soit sans gouvernement depuis 10 mois et sans budget depuis 14 mois », a concédé le président Moïse, soulignant que plusieurs régions du pays font face actuellement à une crise humanitaire, notamment les départements de l'Ouest et du Nord-Ouest où sévit une famine.

 

« Il est important que nous trouvions une solution pour débloquer la situation afin que l'économie puisse bouger. Pour faire bouger l'économie, il faut un gouvernement légitime. C'est ce gouvernement que nous recherchons. Je ne pense pas que le temps soit de notre côté. J'en suis conscient. Nous avons besoin d'un gouvernement en extrême urgence », a indiqué Jovenel Moïse qui affirme en appeller à un accord politique devant déboucher sur la formation d’un gouvernement d'union nationale muni d’une feuille de route très claire devant l’habiliter à résoudre les problèmes du pays.

 

À en croire le président Moïse, il n’y a pas une opposition radicale en Haïti mais plutôt une opposition politique.

 

S’agissant de la Constitution, le chef de l’État se dit en faveur d'une nouvelle Constitution. « Haïti est fatiguée avec cette Constitution. Non seulement la Constitution est une source de crise politique pour le pays, mais elle est également incompatible avec notre culture. Le peuple haïtien est un peuple présidentiel. Tout ce qui ne fonctionne pas est imputé au président. Tous les problèmes du pays sont [du ressort] du président. Pourtant la Constitution accorde des pouvoirs extrêmement limités au président de la République », a souligné Jovenel Moïse, indiquant avoir fait campagne pour amender la Constitution de 1987.

 

« Je ne parle plus aujourd'hui d'un amendement. Je parle d'une révision constitutionnelle, parce que le pays est ingouvernable avec cette Constitution. Quand je parle de révision constitutionnelle - je veux que ce soit clair dans l'esprit de tous - ce n'est pas pour le président Jovenel, c'est le prochain président qui bénéficiera de cette révision constitutionnelle », a précisé le président Moïse, soutenant que ladite Constitution empêche l'émancipation et le développement du pays.

 

« Nous ne pouvons pas avoir [la] stabilité [politique] avec cette Constitution », estime Jovenel Moïse qui, après deux ans et dix mois à la tête du pays, affirme être en mesure de réclamer le changement de cette Constitution.

 

Source EFE