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Catégorie : Politique
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Aujourd’hui il faut presque 100 gourdes pour acheter un dollar américain ! Après deux ans de mandat du Président Jovenel Moïse, la capacité d’achat du peuple haïtien a chuté de moitié. Dans le pays le plus pauvre de l’hémisphère, les Haïtiens sont devenus deux fois plus pauvres en deux ans et quasiment trois fois plus pauvres en sept ans puisque le dollar s’échangeait à environ 40 Gourdes en 2011 quand Michel Martelly prêtait serment comme 47ème président de la république.

Devant l’amateurisme et l’arrogance qui caractérisent la gouvernance actuelle, j’accuse !

J’accuse d’abord le Président de la République Jovenel Moïse Chef de l’État et garant des institutions d’avoir cautionné la gabegie administrative et les dérives financières qui ont creusé le déficit et causé la déroute économique et financière actuelle.

J’accuse le Président de la République d’avoir affaibli sinon anéanti les institutions publiques et plonger le pays dans une crise sociale, financière, morale, sécuritaire, institutionnelle et bientôt électorale.

J’accuse le premier responsable de l’État de désacraliser la fonction présidentielle pour avoir participé au détournement de fonds PETROCARIBE tel que rapporté par la Cour Supérieure des comptes et du Contentieux Administratif. Le président Moïse est accusé d'être au cœur d'un stratagème de détournement de fonds bénéficiant à ses entreprises privées qui se sont vus octroyées par favoritisme des contrats de réhabilitation routière. Ces accusations sont venues aggraver l’énorme déficit de confiance que traînait déjà le Président de la République. Elles amplifient la crise qui atteint aujourd’hui son paroxysme.

J’accuse le Président de la République d’être incapable de rassembler les forces vives de la nation autour d’une table pour un dialogue inclusif, ouvert et sans préconditions. Il a perdu tout pouvoir moral de convocation.

J’accuse l’Exécutif d’avoir fait appel aux gangs armés pour contrôler les périmètres de certains quartiers se confortant dans l’illusion que de telles pratiques peuvent le maintenir au pouvoir. Résultat : Des organisations de défense des droits de l’homme ont fait état de massacres dans plusieurs quartiers populaires ou les citoyens sont livrés à des hors-la-loi s’adonnant en toute impunité aux actes de viols, kidnapping et assassinats.

J’accuse le Président de la République d’utiliser sa majorité parlementaire (PHTK et alliés) pour faire cautionner ses dérives et ainsi avaliser les décisions erronées qui nous ont conduit à la crise multiforme que nous vivons. Chemin faisant, je mets le Président de la Chambre des députés Gary Bodeau en garde contre une manœuvre perverse de dernière minute de la majorité présidentielle qui menace de démissionner en bloc. L’objectif de cette manœuvre est de permettre à Jovenel Moise de constater la caducité du Parlement afin de gouverner par décret, et éviter sa mise en accusation eut égard aux dernières révélations de la CSCCA.

 

J’accuse le Président de la République d’avoir ordonné au Directeur Général de l’ONI de signer un contrat frauduleux avec la firme Dermalog pour fabriquer des nouvelles cartes électorales au mépris des lois sur la passation des marchés publics. Cet acte ignoble est venu à tout jamais hypothéquer notre démocratie balbutiante puisqu’elle entache d’illégalité la procédure actuelle d’enregistrement des électeurs et jette un épais voile de suspicion sur la tenue de tout scrutin sous l’égide de ce gouvernement.

J’accuse enfin le Président de la République d’avoir fait la sourde oreille aux multiples mises en garde lui demandant de mettre Haïti avant ses intérêts politiques et personnels. Pour n’avoir pas démissionné quand il le fallait afin de faciliter une sortie de crise républicaine, ordonnée et pacifique, Jovenel Moise a fait le choix de mener le pays vers l’éclatement. En ces temps sombres, il s’emmure encore dans un silence qui traduit un mépris envers les citoyens auxquels il doit des explications.

La crise a trop duré. Il est venu le temps pour la société de se réveiller et trouver une solution définitive auquel le Président et la communauté internationale devront se plier. Pour cela, deux étapes s’imposent au plus vite.

La première est que les secteurs vitaux de la société civile, à l’invitation de RELIGIONS POUR LA PAIX (entité morale jouissant d’une crédibilité), se réunissent d’urgence dans un forum patriotique où ils discuteront, selon un agenda préétabli et sans aucune interférence du pouvoir exécutif, du format et de la durée d’une conférence nationale.

La deuxième étape est la conférence nationale elle-même ou il faudra trouver un accord politique autour du mandat d’un président en rupture de confiance totale avec la population, la tenue du procès PETROCARIBE, la formation du CEP, l’organisation des élections, la révision de la constitution et un programme économique d’urgence. De cette conférence sortira un Premier ministre de consensus ayant la capacité, l’envergure et la crédibilité d’inspirer confiance et de gérer le gouvernement jusqu’aux prochaines élections.

Je fais donc un appel solennel pour que le mouvement associatif du pays remplisse son devoir patriotique en ce moment de crise nationale sans précédent ou il reste très peu d’autorités morales. C’est aux forces vives de la nation d’assurer l’intermédiation entre les forces politiques pour proposer unesolution véritablement haïtienne bénéficiant de l’adhésion populaire.

Haitians, Haïtiennes, fini le fatalisme résigné ! L’heure du réveil citoyen est arrivée. Allumons à nouveau le flambeau de l’espoir. Nous le devons aux générations à venir.

 

Pétion-ville, le 2 Juin 2019

 

Jerry Tardieu, Député