Haïti-Diplomatie : l'Ambassadeur d'Haïti à Washington Hervé H Denis sur le départ

L'ambassadeur d'Haïti à Washington M. Hervé H Denis a été informé vendredi dernier par les autorités de Port-au-Prince de sa nomination comme Ambassadeur à Taiwan, a appris InfoHaiti.net auprès de sources de la la Chancellerie haïtienne.  Le Palais National attend l'accord du gouvernement de Taipei avant publication dans le journal officiel de la république "Le Moniteur" avant "d'officialiser" cette nomination, nous a confié cette source.

Bocchit Edmond, Ministre des Affaires Etrangères du 5 Septembre 2018 au 4 Mars 2020, semble bénéficier de la confiance du président Jovenel Moïse pour remplacer Hervé Denis à l'Ambassade d'Haïti à Washington. Un ancien Chef de la diplomatie nommé Ambassadeur ? On aura tout vu dans notre singulier pays.
Ce brusque changement à la tête de la plus importante mission diplomatique haïtienne survient moins de deux semaines après le renouvellement pour les 10 prochaines années de la loi américaine sur le Partenariat commercial avec le Bassin des Caraïbes (CBTPA) par les deux chambres du Congrès  des Etats-Unis (Chambre des Représentants le 22 Septembre et le Sénat le 30 septembre). L'ambassadeur Denis, depuis son arrivée à Washington au début de l'année, a utilisé ses quarante années  de diplomate et ses bonnes relations avec le secteur privé haïtien pour conduire à bon port la dernière manche des négociations enclenchées depuis 2018 avec les Etats-Unis pour le renouvellement de la CBTPA, synonyme de plus de 60,000 emplois dans la sous-traitance industrielle en Haïti.
Mise en place pour la gestion de l'après 3 Novembre aux Etats-Unis?
Nommer un nouvel ambassadeur à Washington à moins d'un mois d'une élection présidentielle n'est pas le fruit du hasard. Les autorités de Port-au-Prince savent très bien que le successeur de Hervé Denis ne pourra pas présenter ses lettres de créances au vainqueur de l'élection du Novembre prochain pas avant Mars ou Avril 2021. En d'autres termes, ce nouvel ambassadeur ne pourra pas exercer pleinement ses fonctions à Washington, défendre les intérêts du pays pendant au moins 6 mois.

Pour comprendre cette décision du Palais National, il faudrait remonter au 10 janvier 2019, date de la réunion du Conseil permanent de l’Organisation des États américains (OEA) à Washington, réunion au cours de laquelle Haïti avait rejoint 18 pays de la région pour ne pas reconnaître la légitimité du nouveau mandat de Nicolas Maduro comme président du Vénézuéla. Moins de deux mois après, soit le 22 Mars, plusieurs dirigeants des 19 pays dont Jovenel Moise  qui avaient apporté leur soutien à la résolution de l'OEA orchestrée par les Etats-Unis étaient "invités à dîner" à Mar-a-Lago par le président Donald Trump.

Ce vote de la honte d'Haïti contre le Vénézuéla a été pourtant une victoire politique pour le président Jovenel Moïse qui ne dirige plus Haïti depuis les émeutes des 5, 6 et 7 juillet 2018. Pour garder le pouvoir sans pouvoir vraiment l'exercer, le support de Washington était indispensable. Si de temps à autres, les mauvaises décisions du Palais national, ses propensions à violer ouvertement la Constitution, le climat d'insécurité qui n'épargne personne agacent les représentants de la république étoilée en Haïti, Donald Trump ne lâchera pas le dirigeant d'un pays qui l'a supporté dans sa croisade presque personnelle contre l'homme fort de Caracas.

Jovenel Moïse pourra-t-il toujours compter sur l'appui inconditionnel de Washington si un nouveau Shérif arrive à la Maison Blanche le 20 Janvier 2021 ?
Les proches conseillers du président sont quelque peu inquiets compte tenu des résultats de tous les récents sondages (même ceux de Fox News)  qui donnent Joe Biden vainqueur de la présidentielle du 3 novembre prochain.

Sur le plan national, tous les clignotants politiques sont au rouge. La réforme du Code Pénal (par Décret) à la fin du mois de juin dernier la formation d'un CEP (privé ou personnel) en dehors des prescrits constitutionnels pour organiser à la fois les prochaines élections et un référendum pour l’adoption d’une nouvelle Constitution sont les derniers dérapages d'un régime à bout de souffle dont les alliés politiques nationaux  semblent avoir abandonné le navire en pleine tempête. Les assassinats en cascade dont celui de l'ancien bâtonnier de l'Ordre des Avocats du Barreau de Port-au-Prince ont révolté même la frange la plus modérée de la société civile haïtienne.

Face à une opposition politique qui reprend du service à partir de ce 17 Octobre, ne pouvant plus compter sur des alliés politiques de poids, les franges modérées de la société civile, le secteur religieux ...., le président doit miser sur l'international, les Etats-Unis en particulier, pour tenter de boucler son mandat en février 2021 ou en 2022.


C'est à la lumière de ces considérations qu'il faut essayer de comprendre le changement à l'Ambassade d'Haïti à Washington. Pour remplacer Hervé Denis, il faut, peut-être, un diplomate qui a côtoyé tous ces acteurs latino-américains de l'OEA qui ont délivré à Donald Trump "la marchandise du 10 Janvier 2019" lors du vote du Conseil Permanent de l'OEA contre Nicolas Maduro.

Et si le démocrate Joe Biden arrive à la Maison Blanche le 20 Janvier prochain ? Et si les républicains perdent la majorité au Sénat ?
Et si le 3 Novembre était une date importante dans le calendrier de l'opposition politique à Jovenel Moïse ?

 

 

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