Après des mois de campagne en sourdine, Biden suit Trump dans l'arène

Deux jours après Donald Trump, Joe Biden se rendra jeudi à Kenosha pour "panser les plaies" de cette ville de l'Etat-clé du Wisconsin récemment secouée par des émeutes, signal que le candidat démocrate à la Maison Blanche descend finalement dans l'arène après des mois d'extrême prudence.
Pas de doute, le vétéran de la politique veut passer à la vitesse supérieure.

Après des mois de confinement à cause de la pandémie, il avait fait lundi son premier voyage officiel en avion pour se rendre à Pittsburgh, dans un autre Etat clé, la Pennsylvanie. Et mercredi, il a accepté des questions de journalistes pour la première fois depuis des semaines, dans son fief de Wilmington, dans le Delaware.

Son rival, lui, multiplie les déplacements à deux mois de l'élection présidentielle du 3 novembre. Il était mercredi dans une autre Wilmington, en Caroline du Nord. Et Donald Trump 74 ans, ironise régulièrement sur le manque d'"énergie" de Joe Biden, 77 ans.

"J'aimerais sortir plus mais je pense qu'un président a la responsabilité de donner l'exemple" en respectant les mesures de précaution pour éviter la propagation du nouveau coronavirus, a déclaré Joe Biden, interrogé à ce sujet mercredi.

C'est après consultations de ses experts médicaux que l'ancien vice-président de Barack Obama a donc décidé de se rendre jeudi à Kenosha.

Ville côtière du grand lac Michigan, elle a connu des nuits d'émeutes la semaine dernière après les graves blessures infligées par la police à Jacob Blake, un Afro-Américain sur lequel un agent a fait feu à sept reprises lors d'une interpellation filmée.

- "Terrorisme intérieur" -

Ces images ont ravivé la vague historique de colère contre le racisme et les brutalités policières aux Etats-Unis. Et suscité des réactions aux antipodes chez Donald Trump, qui tient un discours sécuritaire, et Joe Biden.

"Nous devons panser les plaies", a déclaré le démocrate lors d'une conférence de presse. L'objectif de sa visite? "Rassembler les gens (...) être une influence positive".

Il rencontrera des responsables locaux et habitants, puis son épouse Jill Biden fera avec lui une autre "étape locale" dans le Wisconsin, qui n'a pas encore été précisée.

Donald Trump avait créé la surprise en 2016 en remportant de peu cet Etat du Midwest, où sa rivale Hillary Clinton n'avait pas fait campagne. Cette fois, tous les regards sont tournés vers le Wisconsin.

Martelant son mot d'ordre de campagne, rétablir "la loi et l'ordre", le républicain a visité dès mardi Kenosha, contre l'avis du maire et du gouverneur démocrates qui craignaient un nouvel embrasement.

A un journaliste qui lui demandait s'il ne craignait pas aussi d'aggraver les tensions, Joe Biden a répondu qu'il avait reçu de "nombreuses demandes" de responsables locaux.

Donald Trump a inspecté les ruines de commerces brûlés, remercié la police et assimilé à du "terrorisme intérieur" les manifestations violentes. Mais il n'a pas nommé Jacob Blake.

Hospitalisé depuis le 23 août, cet Afro-américain de 29 ans a la moitié inférieure du corps paralysée.
La tension après sa mort a culminé le 25 août quand un jeune homme de 17 ans a tiré au fusil semi-automatique, dans des circonstances floues, sur trois manifestants, faisant deux morts. Son arrestation le lendemain a ramené un calme précaire.

Donald Trump a refusé de condamner les actes de ce jeune homme, Kyle Rittenhouse, inculpé pour meurtre avec préméditation.

- Comptes florissants -

Accusé par le républicain de tolérer les violences, Joe Biden est passé plus résolument à la contre-offensive cette semaine. "Manifester c'est un droit" mais "les violences, incendies, pillages" sont intolérables, martèle-t-il.

Contrairement à son rival, il dénonce sans relâche le "racisme institutionnel" aux Etats-Unis et s'est entretenu dès la semaine dernière avec la famille de Jacob Blake.

Joe Biden mène Donald Trump dans la moyenne des sondages nationaux mais l'écart est plus serré dans les Etats-clés.

Alors qu'il partait avec un sérieux retard financier sur le président sortant, le démocrate affiche désormais des comptes florissants.

Il a annoncé mercredi avoir récolté 364,5 millions de dollars en août, dont 205 millions en petites donations sur internet. Soit "le meilleur mois de levées de fonds en ligne de l'histoire politique américaine".

Bien conscients de l'importance du Wisconsin, les démocrates avaient choisi d'organiser cet été leur convention d'investiture de Joe Biden dans sa plus grande ville, Milwaukee. Mais elle a finalement été rendue entièrement virtuelle en août, à cause de la pandémie.

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