Garry Conille

A moins d'un faux pas politique, d'un revirement au parlement ou d'un croc-en-jambe d'un membre de l'entourage du président Martelly, le Dr Garry Conille va succéder à Jean-Max Bellerive à la primature en dépit des débats assez passionnés sur le pays de sa résidence au cours des 5 dernières années, son inexpérience politique et ses accointances avec l'ex-président Bill Clinton et son passé de fonctionnaire onusien.

Garry Conille A moins d'un faux pas politique, d'un revirement au parlement ou d'un croc-en-jambe d'un membre de l'entourage du président Martelly, le Dr Garry Conille va succéder à Jean-Max Bellerive à la primature en dépit des débats assez passionnés sur le pays de sa résidence au cours des 5 dernières années, son inexpérience politique et ses accointances avec l'ex-président Bill Clinton et son passé de fonctionnaire onusien.

Si le choix de l’homme d’affaires Daniel  Gérard Rouzier a déterré le vieux démon du clivage social, celui de Bernard H. Gousse les mauvais souvenirs des "opérations Bagdad" post 2004, la désignation de Garry Conille comme candidat au poste de Premier Ministre a ouvert, enfin, la voie à des réflexions (plus sérieuses) sur le droit international public, l'importance des partis politiques dans la construction de cette longue route qui mène vers la démocratie et le plus important un recadrage de la coopération internationale axé sur nos besoins et priorités post-séisme.

Du bla bla autour de la personne à un débat politico-idéologique

Si l'on s'en tient aux prises de positions de plusieurs parlementaires dans les média au cours de la semaine écoulée, l'on devrait s'attendre (un simple souhait) à des débats beaucoup plus intéressants lors du processus de ratification du Dr Garry Conille qui a démarré jeudi dernier avec le dépôt de son dossier au Bureau de la Chambre des députés.

Parlement haïtienD'abord, autour des exigences de l'article 157 de la Constitution : deux camps diamétralement opposés étaleront leurs arguments pour expliquer leur interprétation de la notion de résidence telle que voulue par le constituants de 1987. D'un côté, l'on retrouve les parlementaires (dont des députés du Groupe des 58) et peut-être les sénateurs du Groupe 16 qui ont barré la route aux deux précédents premiers ministres désignés Daniel Gérard Rouzier et Bernard Gousse. De l'autre, des députés comme Acluche Louis-Jeune de Dame-Marie, le sénateur des Nippes William Jeanty seront, à n'en pas douter, les porte-parole d'un camp "nationaliste" partisans d'une interprétation stricte de la Constitution de 1987.

Le processus de ratification du nouveau premier ministre désigné va offrir également l'opportunité aux parlementaires détenteurs d'une formation en droit international et/ou maîtrisant les questions assez pointues de relations internationales d'étaler leur formation académique, de faire valoir leur compétence, de marquer, pourquoi pas, des points et peut-être se faire finalement un nom dans un pays où le respect, le sérieux et l'influence politique se mesurent malheureusement à l'aune du nombre de véhicules tout-terrain qu'on dispose dans sa flotte.

Le statut des fonctionnaires internationaux au regard des lois nationales, le principe de l'extraterritorialité et la Convention de Vienne d'Avril 1961 sur les Relations diplomatiques, la loi américaine et les différentes catégories de visas G1-G6 ....malheur aux amateurs ! Dans les grandes démocraties occidentales, on engage des experts (on n'en manque pas en Haïti) provevant de différents courants de pensée pour préparer des dossiers et faire des recommendations sur des sujets aussi spécialisés. Dans le cas qui concerne notre parlement, l'on risque d'assister à une sorte de domination des débats d'idées par ceux qui détiennent le savoir. En effet, environ six semaines après le rejet de la candidature de Me Bernard Gousse, ce n'est pas par hasard qu'on se souvient aujourd'hui encore des interventions des sénateurs Youri Latortue et de Yanick Joseph. Ils faisaient certes partie de la minorité mais ils avaient à eux seuls dominé les débats.

Le Premier Ministre désigné et la politique

Le premier Ministre désigné"Il peut jouer un rôle de rassembleur, parler à tous les secteurs parce qu'il n'a joué aucun rôle politique dans le pays au cours de ces dernières années" ainsi s'exprimait le sénateur Kelly Bastien (Inite-Nord) au lendemain de la désignation à la primature du Dr Garry Conille, son camarade de promotion à la faculté de médecine et de pharmacie. Le politologue Sauveur Pierre-Etienne récemment élu à la direction de l'Organisation du Peuple en Lutte (OPL) et le Dr Dunois Erick Cantave du Konakom ne partagent pas l'avis de l'ancien président de la Chambre des députés et du sénat.

Pour le dirigeant de l'OPL, le premier ministre doit " sortir d'un parti politique" en citant en exemple les dirigeants non seulement des démocraties occidentales mais également des "petits" pays de la Caraïbe. Intervenant à l'émission "Intérêt Public" sur Radio Kiskeya ce dimanche, le Dr Cantave a abondé dans le même sens en faisant valoir que l'exercice d'une fonction politique devrait être lié à une participation active non seulement dans un parti politique mais aussi et surtout dans la vie politique. "Il faut faire valoir ses points de vue, prendre position  sur les grandes questions d'intérêt national  etc ..." a-t-il expliqué.

L'inexpérience politique du Dr Garry Conille va être donc également soulevée au parlement lors du processus de ratification dans les semaines à venir. Un atout pour les parlementaires qui lui apportent déjà leur soutien et un handicap majeur pour ceux qui s'opposent à ce troisième choix du président Martelly au poste de premier ministre. L'on se souvient que hier encore, des dirigeants de partis politiques lançaient des flèches en direction de leurs collègues de l'opposition qui avaient rejoint le gouvernement au cours des premiers mois de la présidence Préval en 2006.

Associer l'exercice d'une importante fonction politique comme celle de Chef de gouvernement revient également à poser le problème du fonctionnement des partis politiques en Haïti au regard de la Constitution de 1987 et de nos réalités socio-économiques et culturelles.
Pourquoi de 1986 à nos jours, de Jean-Bertrand Aristide à Michel Joseph Martelly, les occupants du Palais National (le professeur Manigat excepté) ne proviennent pas d'un parti politique organisé? Pourquoi, en dépit des nombreux sacrifices de ceux qui ont accouché 1986, les partis politiques vieux comme le mouvement démocratique n'arrivent pas à atterir? (pour utiliser le verbe qui fait désormais partie de notre jargon politique). Pourquoi des  partis politiques de renom n'arrivent pas à franchir la barre des 5% de support de l'électorat lors des récentes élections au niveau national ? Comment rendre fonctionnel des partis politiques dans un pays où l'esprit collectif fait défaut? Le fonctionnement d'un parti politique est-il compatible avec un pourcentage d'analphabétisme aussi élevé? L'éducation politique du militant d'un parti ( son appartenance à ce parti) est-elle compatible avec un niveau de chômage aussi élevé dans le pays? (niveau d'oisiveté pour répéter le politologue Sauveur Pierre-Etienne)

Autant de questions qui ne trouveront pas de réponses lors du débat sur la ratification du nouveau premier ministre désigné mais qui doivent être posées et discutées dans le cadre d'un forum plus large que le parlement.

La mise sous tutelle
Les ex-présidents Clinton et préval aux Nations-UniesL'expérience du premier ministre désigné dans le système des Nations-Unies devrait être (à notre humble avis) le point central d'un réel débat technique et idéologique (très souhaitable) au parlement lors de la présentation de sa politique générale au cas où il gagne la première manche. La question essentielle: quelle voie emprunter pour réformer l'état, éduquer nos enfants, analphabétiser nos adultes, créer des emplois durables, mettre en place les infrastrustures de production économique, offrir un minimum de couverture sociale aux démunis, revaloriser la culture  etc ...?

photo Clinton-Bush foundationLa première vérité que nous devons nous cracher au visage est la suivante : l'internationale est incontournable avec grand I. Nous n'avons pas les moyens de notre politique. Le discours nationaliste si beau, si compréhensible et si percutant à un moment où l'occupant tente de nous enlever notre humanité en violant brutalement nos enfants, ne saurait, fort malheureusement, remplacer la coopération internationale. La bonne nouvelle c'est que d'autres pays du tiers-monde ont su en tirer profit. Les dragons de l'Asie du sud-est ont réalisé leur décollage économique en l'espace de deux générations. Juste à côté  de chez nous, ce sont les mêmes institutions internationales, les mêmes agences de coopération qui opèrent (la BID, la Banque Mondiale, l'Union Européenne, l'Agence américaine pour le Développement International ) etc ...

La grande différence: leurs dirigeants savent faire des choix intelligents au bénéfice de leur population. A côté, l'élite économique est progressiste. Elle investit dans le développement pour gagner plus d'argent. Elle ne s'enrichit pas au détriment des faiblesses de l'Etat. Eux-aussi, les dominicains, ils avaient connu la dictature entre 1930 et 1961. La grande différence, les dirigeants post-Trujilo ont géré patriotiquement et intelligemment en ayant soin de protéger les deux principales institutions du pays: l'armée et l'église en dépit de leur étroite collaboration avec la dictature.

Chez nous, c'est tout à fait l'inverse. L'accès au fauteuil présidentiel est synonyme d'enrichissement illicite. A travers l'histoire, nos chefs d'état n'ont pas réinventé la roue. La voie est tracée. Depuis l'indépendance, l'alliance privilégiée du palais national avec les quelques familles qui contrôlent l'économie et les finances du pays peut à la fois aider à assoir le pouvoir et ouvrir les belles allées qui conduisent vers la richesse. Et si jamais le fauteuil est menacé, les plus nationalistes font appel aux bottes étrangères.

Minustah en HaïtiLa Minustah n'est pas tombée du ciel. Elle est arrivée en 2004: l'année du bicentenaire de notre indépendance. La faute est au blanc ou à nos élites? La Commission Intérimaire pour la Reconstruction d'Haïti (CIIRH) est certes une création de l'internationale après le séisme mais ses structures de fonctionnement ont été approuvées par notre parlement dans le cadre d'une loi d'urgence proposée par le président Préval. Bill Clinton, lui, le proconsul à 5 chapeaux est "démonisé" aujourd'hui par ceux-la même qui avaient soutenu sa décision d'imposer un embargo économique contre Haïti pendant la période du coup d'état (1991-1994) contre le président Aristide, le débarquement des marines en 1994 pour le "retour à l'ordre constitutionnel" et l'élimination pure et simple des Forces Armées d'Haïti, une institution prévue par la Constitution de 1987. A souligner que les économistes qui avaient, à l'époque, pris position contre l'embargo en 1991 en mettant l'emphase sur ses effets désastreux (à long terme) pour l'économie haïtienne étaient taxés de putchistes réactionnaires.

La difficile et souhaitable tâche d'haïtianisation de la CIRH
L'ancien président Clinton et le PM Jean-Max BelleriveLa CIRH telle qu'elle est structurée, telle qu'elle fonctionne pose réellement un problème pour la souveraineté nationale. C'est un fait. Le parlement n'a pas un regard de contrôle ni sur son fonctionnement ni sur les prises de décision de ses membres. Le gouvernment ne décide pas de l'allocation des fonds de la CIRH dont plus de 85% sont allés aux organisations internationales soit plus de 3.5 milliards de dollars au cours des premiers mois de cette année. C'est plutôt la CIRH qui approuve ou rejette les projets présentés par les institutions de l'Etat haïtien. C'est la prise en charge la plus totale. Comme raison de cette main mise sur les fonds, l'internationale avance le niveau de corruption qui caractérise l'appareil gouvernemental. Faut-il pour autant faire disparaitre cette institution? Nous n'avons ni l'intérêt ni les moyens. Peut-on l'adapter à nos priorités et nos besoins en développement? C'est à cette tâche titanesque à laquelle devrait s'atteler le prochain gouvernement.

Cependant, le plus grand problème pour le pays et peut-être pour le candidat à la primature, c'est que le président n'a pas défini jusqu'à présent sa vision pour le développement du pays. Des idées, des initiatives sapeur-pompiers par-ci par-là, elles sont nombreuses mais elles ne sont pas articulées autour d'un ensemble, elles ne découlent pas d'un véritable projet de société. On peut imaginer les difficultés de l'équipe qui assiste Garry Conille dans la rédaction du pogramme de gouvernement qu'il aura à présenter au parlement dans les prochaines semaines. Il ne s'agira pas seulement de s'opposer à la CIRH (telle qu'elle fonctionne), il faudra proposer des alternatives cohérentes en rapport avec la vision du chef de l'état, conformes aux engagements pris par le gouvernment Préval/48ème législature et en adéquation avec les besoins d'un pays post-séisme.

Ce ne sera pas du tout facile compte tenu du flou qui entoure la vision du président Martelly pour le pays, de l'impossible collaboration entre les conseillers présidentiels et l'équipe du candidat à la primature et surtout de la méfiance née des accointances du premier ministre désigné avec les acteurs de la communauté internationale.

Martelly décore ClintonLa toute récente initiative présidentielle de mettre sur pied du Conseil Consultatif  pour le développement économique et l’investissement ayant à sa tête Bill Clinton n'est pas très bien reçue par de nombreux secteurs de la vie nationale. Au contraire, elle ne fait que renforcer cette perception d'un renforcement d'un contrôle de fait des institutions étatiques par l'internationale. L'ex-président américain n'a-t-il pas ce même rôle (agent pour attirer les investisseurs internationaux) comme représentant spécial du secrétaire général de l'ONU ou comme co-président de la CIRH? Cette duplication de tâches pour Bill Clinton, si elle offre à l'occupant du palais national l'occasion de se frotter aux grands de ce monde, ne fait qu'alimenter le discours nationaliste et questionner la capacité réelle de l'ancien musicien à conduire les destinées d'un pays confronté aux difficultés énormes.

N'est pas moins inquiétante l'approche de l'industrie d'assemblage (certes créateurs d'emplois dans un pays où la majorité active de la population est oisive) que semble privilégier Bill Clinton comme principal vecteur de développement pour Haïti. La Corée du Sud, Singapour, la Malaisie, Taïwan, le Vietnam et plus près de nous la République dominicaine sont passés par là mais parrallèlement à la sous-traitance des investissements d'importance ont été faits dans la construction d'infrastructures routières, d'installations sanitaires, éducatives et sportives, de mise en place de systèmes d'irrigation et de routes secondaires agricoles de désenclavement. Tout est à construire en Haïti. Des plans haïtiens de développement. Il en existe. Les plus connus sont ceux du Groupe de Réflexion et d'Action pour une Haiti Nouvelle (GRAHN) et du Plan Stratégique de Sauvetage National (PSSN)

L'émission hebdomadaire Caméra Mosaïque a consacré un segment à la désignation du Dr Garry Conille au poste dePremier Ministre


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