1/8e de finale retour de Ligue des Champions à Barcelone qui étrille Milan 4-0 le 12 mars. Une œuvre presque divine.
Remonter deux buts dans une série aller-retour n’est jamais projet ordinaire. Le réaliser à un moment où trois matchs importants ont glissé sous vos pas, Real deux fois, Milan une fois, et que d’aucuns voyaient la fin de la plus grande équipe de tous les temps, comme cela s’est produit avant pour les Santos, Ajax, Bayern, Liverpool, Sao Paulo, Milan AC, voilà l’exploit du FC Barcelone, comme un projet d’éternité, qu’a payé le Milan AC, 4-0,  mardi soir dans un Camp Nou féérique, du genre de soirée dont les générations postérieures en parlent comme si elles avaient vécu ce stress d’un but marqué à la 92e minute par Milan à 3-0  qui signifiait l’élimination.

Projet d’éternité catalan
1/8e de finale retour de Ligue des Champions à Barcelone qui étrille Milan 4-0 le 12 mars. Une œuvre presque divine.
Remonter deux buts dans une série aller-retour n’est jamais projet ordinaire. Le réaliser à un moment où trois matchs importants ont glissé sous vos pas, Real deux fois, Milan une fois, et que d’aucuns voyaient la fin de la plus grande équipe de tous les temps, comme cela s’est produit avant pour les Santos, Ajax, Bayern, Liverpool, Sao Paulo, Milan AC, voilà l’exploit du FC Barcelone, comme un projet d’éternité, qu’a payé le Milan AC, 4-0,  mardi soir dans un Camp Nou féérique, du genre de soirée dont les générations postérieures en parlent comme si elles avaient vécu ce stress d’un but marqué à la 92e minute par Milan à 3-0  qui signifiait l’élimination.

Trois buts étaient nécessaires; quatre, si Milan en avait marqué un. Les Barcelonais en réalisèrent 4 sans en encaisser. Exploit par le chiffre mais aussi et surtout par la manière d’un football total retrouvé, football indépassable dans son expression artistique, football cruel pour l’adversaire dans son expression dialectique du Ying et du Yang tao, la défense dans l’attaque - l’attaque dans la défense, vulgairement désigné, par commodité de langage, football pressing, football total, depuis le temps ancestral de grand-père Rinus Michels et du fils Johann Cruyff.    

Les futures performances de Messi et compagnie éclaireront sur la relativité de la performance sidérale de ce 12 mars. Les Milanais étaient-ils en surrégime à l’aller ? Ont-ils été innervés par on ne sait quelles contingences psychologiques ou physiques ? Les Barcelonais eux-mêmes vivaient-ils tout juste une mauvaise passe ? Ou alors, le Milan, courageux 3e du Calcio, aurait-il été mis à sa place par une équipe à peine convalescente ? Laissons l’histoire faire sa route. Jouissons du football barcelonais comme du beau platonicien : un idéal qui ne se pervertit pas en se réalisant; être ce qui doit être. Eux tous furent beaux. Florilège.

D’abord un ballon en mouvement au sol comme animé par un courant continu fourni par une centrale nucléaire de capacité à satisfaire les besoins énergétiques d’une ville.  Xavi était vexé de ses performances personnelles depuis un mois et inquiet pour l’image de son équipe. Comme pour la finale de la Coupe d’Europe des Nations 2012 où il humilia son inestimable rival Pirlo après un tournoi relativement ordinaire, mardi il redevint le Xavi Distribution, pourvoyeur infatigable de ballons, communicateur impénitent par le geste et par la parole, stratège de l’espace, donc du mouvement permanent, auteur d’une frappe tendue à laquelle la claquette d’Abiatti apporta de la splendeur. Sa passe décisive pour le 3e but de Villa illustra le principe de la bonne passe : dosage parfaitement comestible pour le partenaire, toxique pour l’adversaire. Constant témoignera sur la toxicité, Villa sur la comestibilité. Et nous, esthète, sur la frappe enroulée victorieuse, du pied gauche en plus, del Guaje Villa, modèle accompli que ne désavouerait ni Titi Henry ni Kaka, maîtres incontestés en la matière.

Ensuite, Iniesta, Nijinski du rectangle vert, spécialiste de la glisse, impertinent vis-à-vis des grands gabarits dont il se moque éperdument - n’est-ce pas Boateng? – incarnation du Ying et du Yang quand il subtilise le ballon du pied d’un autre grand gabarit, Ambrosini, et enchaîne sur Messi, transmission de l’ambroisie à l’Argentin pour le 2e but, celui du bonheur possible. L’attaque est dans la défense, la défense dans l’attaque. Frappeur incisif pour muter Abiati en araignée quand il détourne le ballon sur le poteau, poisson emberlificoté dans le filet à sa chute, mais Messi frappera de la tête sur le petit filet. Un lob aurait été idoine, mais il est humainement impossible de courir comme Bolt et siroter en même temps son café.

Iniesta-Xavi, sujet d’étude universitaire. Iniesta, le dribbleur-passeur tacticien, celui qui trouve la solution à l’instant par le choix de la difficulté provocatrice qui débouche sur la vérité. Xavi, le penseur-passeur stratège, centre de distribution générale, celui  qui connaît chacun de ses collaborateurs à la perfection, leur confie des missions en fonction de leur talent et de l’espace qu’il crée et aménage, non par la provocation, mais par l’esquive, le détour, la maîtrise des contradictions, toutes choses qui débouchent sur la vérité. « Qu’est-ce que la vérité ? », a lancé Ponce-Pilate à Jésus ? L’homme-Dieu n’avait pas répondu. En fait, la réponse avait précédé la question : « C’est pour ceci que je suis né, et c’est pour ceci que je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité » (Jean 18 :38 et 18 :37). La vérité est donc Dieu incarné dans ce que lui-même Jésus dit et fait.

En football, la vérité est la création d’espaces quand on a le ballon, le plus vite que possible; le verrouillage des espaces quand on ne l’a pas, le plus vite que possible. Cette double manœuvre première a une double fin : marquer des buts et ne pas en encaisser. L’éternelle équation espace-temps. La manœuvre finale pour marquer des buts, c’est Messi. Et nous voilà dans la vérité trinitaire : Xavi-Iniesta-Messi. Quand celui-ci, pour marquer le premier but, au bout d’un long échange dont l’avant dernier associé est Iniesta, se retrouve exactement à 17,50 mètres du but, il est entouré de cinq adversaires : El Sharawy, Montolivo, Ambrosini derrière lui, Zapata et Mexès exactement en face de lui. Entre chacun des cinq et Messi, il n’y a guère plus de deux mètres ; l’espace est verrouillé, comme plus haut nous avons théorisé sur la vérité en football. Le Saint-Esprit contrôle de l’extérieur du gauche et enroule sèchement de l’intérieur du même pied. On a la sensation qu’entre le contrôle, le tir et le ballon qui apporte un joyeux frémissement au filet, le temps s’est arrêté.

 Et il faut alors, pauvres humains, nous poser la question : comment est-il possible de trouver l’équilibre en fixant le pied droit au sol, contrôler le ballon qui sautille, esquisser un demi pas du droit et le frapper du gauche, à la chute, en lui imprimant une trajectoire parabolique imparable, tout cela en moins de temps qu’il ne faut pour le penser alors que des molosses aux crocs acérés bondissent vers vous ? Combinaison féconde de la force, du sang-froid, de la maîtrise du schéma corporel, de la structuration temporelle, de la structuration spatiale et de la dextérité technique. Son deuxième but est d’une scandaleuse trivialité : frappe entre les jambes de Mexès identique à celui infligé à Manchester entre les jambes de Rio Ferdinand en finale de Ligue des Champions 2009. Il retrouvera toute sa noblesse surnaturelle quand il comprend qu’il n’est point nécessaire de provoquer en 2 contre 3 dans le temps additionnel, attendre donc qu’arrive à sa hauteur Alexis Sanchez, lui confier l’objet du désir comme dans une course de relais, ce que comprend aussi le Chilien qui opère une coupe transversale du terrain en offrant le ballon à Alba plus rapide qu’un bolide et aussi lucide avec son pied gauche qu’un chirurgien avec son bistouri. C’était le 4-0 du projet d’éternité.

Il est clair que touchés dans leur orgueil et préoccupés par la perspective d’une moitié de saison qui se dessine en pointillé dans une Liga qui leur laisse peu de fortes sensations, les Barcelonais ont préparé ce match comme une nation se prépare à entrer en guerre. Les Milanais ont été surpris de sentir la rage des Blaugrana dans tous les duels, eux tous, Alves, Piqué, Masherano, Alba, Villa, Pedro, la trinité dont nous avons amplement parlé, et même le gardien Valdez qui a bien fait le peu que ses partenaires ont permis aux adversaires de lui imposer de faire.

Tactiquement, le tout dans tout, le ying - le yang, le lien dialectique donc de l’attaque et de la défense, le mouvement permanent, l’intensité et la précision de la passe, l’exploitation maximale de toutes les zones du champ polémologique,  la définition du jeu barcelonais était remise au goût du jour. Mais à tout cela, l’arme du tir à moyenne et longue distance ajoutée (Messi, Iniesta, Xavi, Alves). À tout cela, que Messi ne recule pas jusqu’à la hauteur de Busquets, qu’il navigue un peu plus près de la haute mer, et même dans la l’horizontalité, entre 150 et 175 milles nautiques pour ne pas encombrer la zone stratégique d’élaboration laissée au commandement fusionnel de Xavi et Iniesta. À tout cela, Pedro et Villa doivent retenir l’attention des centraux Zapata et Mexès sur la largeur des 40,32 mètres de la surface de réparation, et entre lesquels, ou à côté desquels, de préférence du côté droit pour faciliter la frappe du gauche, s’injectera le venin Messi. Les couloirs sont donc réservés aux seuls Alves et Alba. 

Déduction : en attaque, il n’était pas rare de photographier cette équipe barcelonaise en 2-3-5 ou 2-4-4, rarement en 2-6-2. Ce système ultra audacieux nécessitait un taux de réussite maximale dans les passes. Quand on imagine qu’en même temps, ce devait être des passes ultra rapides et risquées dans la profondeur et en une-deux, une-deux-trois, on mesure aussi le malheur qui guettait ces hommes, même à 3-0 où un petit but pouvait les faire passer du Paradis à l’Enfer sans escale purgative. Le dégagement-passe de la 38e minute de Montolivo atterrit au haut du crâne de Mascherano et converti en passe en or pour Niang dont la frappe de près heurte un poteau plutôt que toucher le filet.

Que l’œuvre humaine est fragile ! Et dire que du côté de la Catalogne un groupe de footballeurs rêvent d’éternité.

Patrice Dumont

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