Dans cet Espagne Italie du dimanche 10 juin de Coupe d’Europe des Nations, l’Italie a surpris par la qualité de sa réplique technique qui s’est souvent élevée à la hauteur de la thèse espagnole déjà connue du football champagne, ce qui a donné un très beau match. En revanche, ce qui était depuis fort longtemps une certitude, la super classe de Pirlo et Xavi, meneurs de jeu qui font du football un art majeur, s’est confirmé avec netteté, les deux hommes se défiant sans cesse dans une ribambelle de  placement-déplacement-replacement intelligents, de passes dépouillées, de dribbles sobres, de photographies de l’espace et des joueurs d’une rare netteté.

Dans cet Espagne Italie du dimanche 10 juin de Coupe d’Europe des Nations, l’Italie a surpris par la qualité de sa réplique technique qui s’est souvent élevée à la hauteur de la thèse espagnole déjà connue du football champagne, ce qui a donné un très beau match. En revanche, ce qui était depuis fort longtemps une certitude, la super classe de Pirlo et Xavi, meneurs de jeu qui font du football un art majeur, s’est confirmé avec netteté, les deux hommes se défiant sans cesse dans une ribambelle de  placement-déplacement-replacement intelligents, de passes dépouillées, de dribbles sobres, de photographies de l’espace et des joueurs d’une rare netteté.

Disons- le sans trembler : les Zico, Platini, Bobby Charlton, Rivelino, Didi, Johan Cruyjf, Maradona, Pelé lui-même, exprimaient un jeu sans doute plus complet, notamment dans le sens des buts marqués, mais jamais ces pourtant intouchables de la galerie des très grands footballeurs ont à ce point éclairé le jeu de leur équipe. De la lumière aux partenaires par le bon placement-déplacement-replacement qui facilite la passe des autres, par le bon choix et la précision de leurs propres passes qui vont dans le sens de la demande du partenaire et à contre-sens de ce que prévoient les adversaires.

Combien de ballons ont-ils chacun perdu ? Peut-être 4 par Pirlo, peut-être 2 par Xavi. Ils ont eu quatre duels : trois gagnés par Xavi. Mais Pirlo s’est installé sur le toit de ce match quand il s’est démarqué dans ses trente mètres défensifs là où les espagnols, y compris Xavi, s’étaient curieusement absentés. Le stratège italien comprit tout de suite qu’il fallait avaler du terrain. Dans sa chevauchée, il dribbla Busquets accouru contre lui, perça l’appel de di Natale dans le dos de Piqué et lui dosa la passe sans que le défenseur espagnol pût en couper la trajectoire. Di Natale ouvrit la marque de l’intérieur du pied droit comme Pirlo et Xavi savent le faire pour édulcorer une passe.

Auparavant, le turinois avait obligé Cassillas à boxer le ballon sur un coup-franc des vingt-cinq mètres aussi puissant qu’astucieux. Xavi enleva trop le sien un peu plus tard. Globalement donc, avantage Pirlo dans ce mauvais exercice de chercher une quelconque supériorité dans les œuvres de Da Vinci et Salvador Dali. Qu’importe ! Comparer, c’est une belle manie humaine.

Xavi est au départ de l’action qui amène l’égalisation espagnole. Sa passe à Iniesta précède en effet celle de celui-ci à Silva et celle de ce dernier qui permit à Fabregas d’être le second buteur du match (1-1). Les performances respectives de Pirlo et Xavi dégagent une grande similarité différenciée seulement par l’efficacité de di Natale, d’un côté, et la maladresse presque pathologique de Torres, de l’autre, qui vendangea trois occasions de but dont une sur une passe clarissime du commandant de bord barcelonais.

Le score du match (1-1) rejoint la sensible égalité entre les deux artistes, assez différents physiquement, mais ô combien ressemblants dans le jeu et, on le devine, du point de vue de leur personnalité, leur conception de la vie. L’un, Pirlo, porte les cheveux longs, a le regard doux, la face allongée, la taille un peu élancée (1,77 m), un air de philosophe. L’autre, Xavi, se coupe ras les cheveux, lance un regard vif dans une face petite et compacte, a crû de seulement 1,69 mètre, une allure de fonctionnaire discipliné.

L’un et l’autre perpétuent la race des grands créateurs de jeu par leur clairvoyance, vista, finesse technique, générosité, altruisme, sens stratégique et tactique aiguisé. Meneurs de jeu spécialisés, ils ne sont pas aussi prolifiques (56 buts pour Pirlo, 62 pour Xavi dans leurs carrières d’adulte) que leurs devanciers déjà cités, mais, j’insiste, personne, y compris le Brésilien Didi, l’honorable ancêtre,  ne peut mieux qu’eux ordonnancer une équipe que Xavi, que je préfère à Pirlo. Mais comment interdire à un connaisseur de se fier à l’Italien plutôt qu’à l’Espagnol ?

Celui-ci construit longuement ; celui-là répond plus vite aux appels de la profondeur : question d’école, l’italienne et la barcelonaise. Xavi arpente le terrain plus que ne le fait Pirlo, donc plus disponible pour assainir les mauvaises situations de ses partenaires que Pirlo. Les deux ont la course d’un marathonien, donc lente, mais le cerveau, les yeux et le pied connectés, comme intégrés, suaves et fertiles, de sorte que la perception de la situation et le geste qui en découle se confondent. Les deux sont détenteurs du soft power.

Du bonheur pour leurs partenaires, de l’extase pour spectateurs et téléspectateurs, du respect pour les adversaires, de la lumière pour le football.

Patrice Dumont

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