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Catégorie : Sports
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Dr SocratesSocrates, c’était une vie arc-boutée à des valeurs, une idée très claire du football selon un dosage variable de la collectivité et du moi. Il avait la force de dire et faire tout ce en quoi il croyait. Même si sa mort est saluée à travers le monde et que sa mémoire croule sous les louanges, il ne cherchait pas l’unanimité mais l’harmonie avec ses valeurs, la paix avec lui-même, paix générale et justice pour tous dont il a ceint son front le 16 juin 1986 contre la Pologne (4-0). Beauté du plaisir; plaisir de la beauté. Football, cigarette, alcool, vérité, paix, justice. Un boulimique. Icare s’élève trop près du soleil.

Dr SocratesSocrates, c’était une vie arc-boutée à des valeurs, une idée très claire du football selon un dosage variable de la collectivité et du moi. Il avait la force de dire et faire tout ce en quoi il croyait. Même si sa mort est saluée à travers le monde et que sa mémoire croule sous les louanges, il ne cherchait pas l’unanimité mais l’harmonie avec ses valeurs, la paix avec lui-même, paix générale et justice pour tous dont il a ceint son front le 16 juin 1986 contre la Pologne (4-0). Beauté du plaisir; plaisir de la beauté. Football, cigarette, alcool, vérité, paix, justice. Un boulimique. Icare s’élève trop près du soleil.

Il a dit un jour « jouer au football non pas pour gagner mais pour ne pas être oublié ». Il a gagné, mais pas assez au regard de son talent et de l’immensité du jeu offert par sa génération. Il n’est pas oublié : et là son succès est à l’égal de ses messages sociaux, politiques et sportifs. Tatillon, on pourrait rétorquer au docteur-footballeur qu’Hitler aussi est inoubliable. Chacun ses œuvres : l’un de dicter un ordre ségrégatif, l’autre d’offrir une alternative humanisante à l’animalité pure.  

Je soupçonne qu’à un père philosophe ou simplement épris de philosophie, Socrates a dit oui comme il adhère au jogo bonito. Mais à un Brésil dictatorial et injuste, Socrates a dit non. Alors ses cheveux drus et sa couronne de barbe hirsute annoncent fidèlement un révolutionnaire héritier de la justice du Christ et du romantisme du Che. Comme le Che, il part à la recherche de la victoire en 1982 et 1986. Si le Che ne se contentant pas de sa victoire à Cuba, part perdre en Amérique du Sud, Socrates, nonobstant ses victoires avec Corinthians, perd deux fois sur la scène mondiale en 1982 et 1986. Qu’importe : « Gagner ou perdre, mais toujours en démocratie ». Gagner ou perdre, mais enrichir le jeu, embellir les stades. Défait 2-3 par Paolo Rossi et compagnie, tireur malheureux en quart de finale 1986 par la France de Platini dans les statistiques, mais enjoliveur des cœurs et éclaireur des esprits pour toujours.

Les observateurs de tous les continents enflent son talent de footballeur, peut-être contrarié par la concurrence de ses études de médecine. Son mérite en sort plus grand. Ses 193 centimètres et un corps filiforme, plus raide que souple, ne favorise pas les manoeuvres du buste et l’agilité des jambes, atouts physiques essentiels du dribble, lui-même qualité noble du crack en football. Sa vitesse de course n’en est pas altérée pour autant, témoin son accélération qui suit sa combinaison avec Zico pour marquer à Zoff, au premier poteau, le but égalisateur du 1-1 dans cette grandiose défaite 2-3 concédée à l’Italie en 1982. Socrates footballeur vaut par sa très fine intelligence du jeu, un sens de l’espace unique qui lui évite les duels et remplit sa colonne temps dans l’exécution des gestes utiles toujours scellés de raffinement. Ses innombrables talonnades, aussi surprenantes qu’utiles jusqu’à un penalty réussi pour Corinthians par ce geste, enrichissent et embellissent sa panoplie technique où le tacle n’est pas banni. Exemples : les deux réussis à la perfection contre Butragueño et Salinas lors de Brésil-Espagne 1986 (1-0). C’est lui but qui marque de la tête, ayant repris un tir de Careca qui avait heurté la transversale de Zubizareta.

Voilà donc l’artiste qui sait se muer en homme de peine. L’architecte qui manie la truelle. Le privilégié qui défend les opprimés. Le médecin qui joue. Le football était son métier, la justice, la vérité, la beauté et le bien sa mission. Malgré les talonnades, geste d’apparence futile, Socrates ne joue pas, il vit. Comme Al Pacino au cinéma.

Zico, Falcao, Junior, Cerezo et Socrates, quintette majeur de l’équipe de rêve de 1986 dont Socrates, en valeur pure, moins fort que Zico, Falcao ou Junior, était le leader et le symbole. Alchimie incroyablement réussie par un esthète hors normes : Télé Santana. Les témoignages de respect et de sympathie du monde entier ne se trompent pas. On pleure l’homme qui portait en lui un brillant footballeur et un humaniste de premier ordre. Son jeu a été de rappeler à l’humanité son devoir de beauté, de justice et de vérité. Il n’a jamais cherché l’unanimité. Le contraire aurait été d’arrondir les angles, de caresser dans le sens du poil. Tout va bien Madame la Marquise. Alors que tout ou presque va mal. Sa mission, Socrates l’a accomplie en s’offrant une overdose de vie, c’est-à-dire de bonheur, en divisant les opprimés des nantis et des injustes. Les premiers, il les enthousiasmait et les dynamisait ; les seconds, il les angoissait et les culpabilisait. Son football correspondait à sa vision du monde : s’élever pour être beau et se plaire. Icare quoi.


 

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