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Catégorie : Sports
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Pep GuardiolaAu cours des années 80 et 1990 parce que les entraîneurs étaient fortement attirés par le marquage individuel, il était logique de trouver superflu l’emploi de 4 défenseurs au marquage des 2 attaquants du 4-4-2. La plupart ont créé le 3-5-2, quelques-uns le 3-4-3. Pour ces derniers, la spécialité des tâches et l’occupation optimale du terrain, longueur et largeur, sont fondamentales.

Pep GuardiolaAu cours des années 80 et 1990 parce que les entraîneurs étaient fortement attirés par le marquage individuel, il était logique de trouver superflu l’emploi de 4 défenseurs au marquage des 2 attaquants du 4-4-2. La plupart ont créé le 3-5-2, quelques-uns le 3-4-3. Pour ces derniers, la spécialité des tâches et l’occupation optimale du terrain, longueur et largeur, sont fondamentales. Johan Cruyff ouvrit la voie du 3-4-3 à l’Ajax d’Amsterdam et au Barça entre 1985 et 1996.

Van Gaal, remplaçant de Beenhaker en 1991 à l’Ajax, adopte aussi le 3-4-3 dont il prolonge la vie au Barça de 1997 à 2000. De 1998 à 2002 Marcelo Bielsa institue le 3-4-3 dans l’équipe nationale d’Argentine. En Haïti, quelques tentatives d’application de ce système furent sans lendemain.

Les difficultés du système, les défenseurs, les demis et les attaquants

Eric AbidalD’abord, à retenir qu’aucun système en football n’est rigide. Il s’agit avant tout de dominante, c’est-à-dire que la ligne de défenseurs peut s’interpénétrer avec la ligne de milieux, celle-ci avec la ligne d’attaquants, chacune apportant sa contribution à l’autre pour réaliser un ensemble harmonieux dans les deux grandes fonctions d’attaque et de défense.

Les 3 arrières ne doivent être que des centraux. Exclus donc les arrières latéraux de métier comme Dani Alvès, Adriano ou Maxwell. La polyvalence défensive d’Abidal comptera, comme celle de Mascherano autour des incontournables Puyol et Piqué. À ce compte, Busquets déjà utilisé comme arrière central, augmentera son poids dans l’effectif. Mais, tout le monde le sait : vaut mieux toujours disposer d’un spécialiste moyen que d’une prétendue brillante panacée. Et les va-et-vient d’un poste à un autre troublent ces footballeurs polyvalents, comme beaucoup d’entre eux l’avouent souvent.

Collectivement, 3 défenseurs ne sont pas assez nombreux pour occuper toute la largeur du terrain, 68 mètres, en réduisant au maximum les intervalles. D’où donc de grandes possibilités de création de trop larges courants d’air dans les couloirs. Dans le 3-5-2, les demi-latéraux remplissent ce rôle. Dans le 3-4-3, deux des quatre milieux y veillent, et les efforts des deux ailiers peuvent apporter un palliatif. Mais la question à laquelle il faut répondre est celle-ci : de quels milieux de terrain capables de se transformer en latéral dispose Guardiola ?

Cesc Fabregas L’arrivée de Fabregas compte beaucoup dans le projet de 3-4-3 de Guardiola. L’ex Gunner sera donc privilégié dans la mise en place du système. Quand on lui adjoint les incontournables Busquets, Xavi, Iniesta, le compte est bon : Busquets devant l’arrière central-central, Xavi un peu à droite, Iniesta un peu à gauche et Fabregas derrière l’attaquant de pointe, en véritable numéro 10. Qui osera parier un centime sur l’efficacité d’Iniesta et Xavi obligés de défendre en position de latéral ? La réponse est dans la question.
Seydoux Keita peut plus facilement jouer ce double rôle de milieu latéral sur le côté gauche. Thiago Alcantara le pourra-t-il à droite ? Ces deux solutions permettraient à Guardiola d’offrir des plages importantes de repos à ses deux infatigables remonteurs-tripoteurs de ballon, Xavi et Iniesta.

Seidou Keitall n’est pas nécessaire cependant de poser le problème de la vacuité du milieu de terrain, car, le jeu ne se pratiquant qu’avec un seul ballon, quand Iniesta ou Keita par exemple sort couvrir le couloir, Xavi ou Thiago coulissera plus encore dans l’axe à côté du milieu défensif, tandis que Fabregas reculera. Et dans le cas particulier du Barça, le mouvement permanent de Messi crée le surnombre au milieu tant dans le procès de l’élaboration que de la récupération.
En attaque, l’animation offensive des trois attaquants diffèrera peut-être légèrement de celle du 4-3-3 qui consiste essentiellement à occuper la ligne de touche dans l’attente du ballon et à piquer dans l’axe, soit balle au pied, soit pour un appel, n’est-ce pas Pedro et Villa. Sanchez est recruté pour offrir d’autres variantes en attaque aussi. Le débordement, surtout à droite, relève de la responsabilité des latéraux, plus à droite par Alvès qu’à gauche par Abidal. Maxwell et Adriano débordent, mais le banc des réservistes les accueille plus souvent que le pré.

Alexis SanchezL’occupation des couloirs définit le sens de l’espace du Barça. Si les deux ailiers ne débordent pas comme plus haut signalé, (la recrue Alexis Sanchez peut le faire) dans le 3-4-3, il ne reste que les demis excentrés pour cette tâche, étant entendu que les trois défenseurs ne peuvent se risquer à abandonner leur zone de défense. Ni Xavi ni Iniesta, ni Keita n’ont cette qualité, à moins que les demis d’aile soient Alvès et Adriano. Mais là, l’animation du milieu risque de beaucoup souffrir tant il est vrai que ces deux Brésiliens sont viscéralement des hommes de couloir.

Les problèmes paraissent plus nombreux que les solutions. Tactique sans arrêt sur deux architectures différentes, beaucoup de travail pour les cerveaux barcelonais. Or, le calendrier épais comme trois encyclopédies superposées, angoissera le corps technique. Avantage cependant pour le Barça, son exceptionnelle faculté à contrôler le jeu. C’est plus une question de technique individuelle et de philosophie combinées pour donner la tactique, que de dispositif ou système. Mais il n’est pas dit qu’en cours de route, l’état-major culé ne sera pas obligé de laisser tomber le projet d’une architecture à géométrie trop variable pour une seule maison déjà habituée à charmer et ses concepteurs et ses visiteurs.

Patrice Dumont