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Catégorie : Sports
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Coupe du monde : Vue d’ensemble      
La première semaine de la Coupe du monde n’a pas été riche au strict point de vue du spectacle footballistique, la faute à la volonté de la plupart des équipes d’abord de ne pas encaisser de but plutôt que d’en marquer, mais aussi à la faiblesse technique de quelques rivales. Les performances individuelles ont aussi dans l’ensemble déçu si on considère le rayon des stars attendues, à la noble exception de Messi, auteur de deux matchs remarquables, encore que son compteur buts reste fermé.

Coupe du monde : Vue d’ensemble      
La première semaine de la Coupe du monde n’a pas été riche au strict point de vue du spectacle footballistique, la faute à la volonté de la plupart des équipes d’abord de ne pas encaisser de but plutôt que d’en marquer, mais aussi à la faiblesse technique de quelques rivales. Les performances individuelles ont aussi dans l’ensemble déçu si on considère le rayon des stars attendues, à la noble exception de Messi, auteur de deux matchs remarquables, encore que son compteur buts reste fermé.

 

L’intensification de la pratique du football à travers le monde et la vulgarisation des méthodes de préparation depuis ces trente dernières années a certes élevé le niveau général du jeu. Par exemple, en 1974, l’écart entre le Zaïre, représentant de l’Afrique défait 9-0 par l’Écosse, et les meilleures formations sud-américaines ou européennes, était comme incommensurable. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. À revoir les matchs d’Haïti en cette même Coupe du monde, on se rend compte de ce que nous ne nous étions pas encore dépouillés de certains réflexes défensifs qui datent des premiers âges du football. L’exploit, finalement anecdotique, des Etats-Unis vainqueur de l’Angleterre 1-0 en 1950 au Brésil, vaut moins que le nul 1-1 enregistré entre ces deux pays à l’occasion de leur opposition le 12 juin à Rustenburg. On a aussi apprécié que la Corée du Nord, il est vrai étonnant vainqueur de l’Italie et quart finaliste en 1966, ne se soit pas fait manger par l’ogre brésilien (seulement 2-1 à Johannesburg le 15 juin).

En revanche, n’étaient les particularités raciales et la couleur des maillots, on pourrait presque confondre les équipes nationales tant leurs expressions techniques et tactiques se ressemblent. C’est que les énormes intérêts économiques et le développement urbain ont tué la poussée des footballeurs sauvages de la lignée des Pelé, Garrincha, Best, Charlton, Beckenbauer, voire Keegan, Zico ou Maradona. La prise en charge des enfants  de 8 ans par les centres de formation inculque les gestes de base avec un succès certain : il en sort un footballeur robot à la technique de base moyenne, aiguisé sur le plan tactique, époustouflant athlétiquement, mais aussi fragile musculairement tant son corps est sur- entraîné, on en a la malheureuse illustration par les trop nombreuses blessures qui entachent cette compétition. Le contrecoup est l’absence de ces joueurs créatifs, subtils, spectaculaires non moins efficaces qui peuplaient les équipes sud-américaines et européennes. On pouvait espérer de l’arrivée de l’Afrique un renouveau de ce côté-là, mais les meilleures pousses sont exportées précocement en Europe où ils sont moulés dans le laboratoire de footballeurs appliqués. Pas étonnant qu’aucune des six nations africaines présentes dans cette Coupe du monde n’apporte un ton différent tant individuellement que collectivement.

Mais le football est génétiquement trop riche pour être sacrifié à l’hôtel du calcul de l’efficacité bon marché. Les Allemands ont sorti un match spectaculaire dont les Australiens ont fait les frais (4-0) ; le Chili a paru prendre du plaisir pour battre le Honduras (1-0) ; les Etats-Unis et l’Angleterre, sans être brillants, ont joué pour gagner, ce qui a donné lieu à une belle bataille physique empreinte de fair play, et porteuse de vertus esthétiques elle aussi ; le combat américano-slovène de vendredi (2-2), second match des deux équipes, avait par moments une allure épique : les deux formations méritent le respect ; en l’emportant 2-0 sur le Danemark, les Pays-Bas a fait la promesse d’un jeu de qualité qui devrait se concrétiser ce samedi contre le Japon ; le Brésil n’était pas particulièrement brillant dans son face à face avec la Corée du Nord, mais ce pays a le don de surprendre, cette fois grâce à un excellent Robinho et un but venu de nulle part du pied droit de Maicon capable de faire passer le ballon entre le premier poteau et le gardien alors qu’il se trouvait à environ douze à quinze mètres pratiquement sur la ligne de buts.

 l’Argentine s’est rachetée par sa large victoire 4-1 obtenue aux dépens de la Corée du Sud après celle laborieuse concédée par le Nigéria (1-0) ; le Mexique a bien joué son rôle de principal hôte en match d’ouverture face à l’amphitryon sud-africain (1-1) dont la bonne volonté ne suffit pas pour tenir la fête jusqu’au stade des quarts, il a été en outre d’une grande utilité en rossant le jeudi 17 pour son second match une arrogante autant que débile équipe française dont une éventuelle qualification aux huitièmes de finale serait littéralement un tort au football. Les autres méritent de l’indifférence, à commencer par la France donc.

Viennent ensuite le Portugal, la Côte-d’Ivoire, le Danemark, le Ghana, le Cameroun, la Slovaquie, la Serbie vainqueur de l’Allemagne au second match (1-0), voire l’Uruguay, trois buts contre l’Afrique du Sud, l’Italie et le Paraguay auteurs d’un nul  potable (1-1), qui ont théoriquement les moyens de mieux se comporter.

 Même si les moyens pour le faire n’enrichissent pas le jeu, comment cependant ne pas féliciter la Suisse tombeuse de l’Espagne (1-0), cette Espagne porte-étendard du football champagne qu’on a hâte de revoir ce lundi 21 face au Honduras qui risque de payer cher la mésaventure du premier match.

Au chapitre des individualités, les gardiens suisse Benaglio, américain Howard, uruguayen Muslera et surtout, nigérian Enyeama, malheureux sur l’un des deux buts concédés au second match contre la Grèce, ont fait le spectacle. Le jeune Allemand Ozil, Robinho déjà cité, , le demi défensif américain Clarke, Steven Gerrard, Diego Forlan (2 buts, Higuain (3 buts) sont en train de réussir une bonne Coupe du monde. Des stars connues, annoncées et attendues, les Cristiano Ronaldo, Wayne Rooney, Eto’o, Drogba et Roben blessés, seul l’Argentin Lionel Messi maintient son rang. Il n’a pas marqué contre le Nigéria mais a monopolisé le spectacle qu’il a transformé en un duel avec Enyeama vaincu finalement que par une tête plongeante de Heinze après que le gardien nigérian eut concédé un corner sur une de ces frappes liftées qu’il élève au niveau d’un art. Il a rendu fou les Coréens par ses accélérations en zigzag et ses passes astucieuses.

Si le laboratoire médical a sauvé le sportif Lionel Messi d’un mal congénital qui le condamnait à ne pas dépasser 1,50 mètre de hauteur, c’est le football sauvage des rues de Rosario qui a pondu le footballeur couvé alors par la Masia de Barcelone, l’un des très rares centres de formation à sentir le jeu comme au temps de Garrincha.

Tous les deuxièmes matchs auront été bouclés à la fin de la consommation de ce numéro de Le Matin. Il sera alors temps de saliver sur les 1/8e de finale où on a le droit d’espérer de la splendeur, de la classe et de la vaillance comme en ont offert jusqu’à présent l’Espagne, belle victime du réalisme suisse, l’Allemagne large vainqueur de l’Australie et sublime vaincu du chanceux serbe, l’Argentine offensive  et spéciale par Messi, les Etats-Unis et la Slovénie, généreux partageurs de points (2-2) dans un match gâché seulement ( !) par la décision de l’arbitre malien Koulibaly d’annuler un but valable des Américains pour hors-jeu.