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Catégorie : Societe
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Le titre de ce texte dit bien ce qu’il veut dire: en effet, avec ce texte, je veux mettre un point final à un incident regrettable qui n’aurait pas dû avoir lieu. En ce qui me concerne, la page est définitivement tournée et je n’y reviendrai pas.

Le titre de ce texte dit bien ce qu’il veut dire: en effet, avec ce texte, je veux mettre un point final à un incident regrettable qui n’aurait pas dû avoir lieu. En ce qui me concerne, la page est définitivement tournée et je n’y reviendrai pas.
Il est évident pour moi que Gérard Etienne (G. E.) est un grand écrivain haïtien et qu’il a marqué la littérature haïtienne de l’émigration avec au moins une trentaine de textes de fiction publiés dans la diaspora. Qui oserait contester cela ? Surtout pas moi ? (mais je voudrais aussi signaler que G. E. a commencé à publier en Haïti avant son départ forcé pour l’exil le 15 août 1964 (cf. Espaces urbains dans le roman de la diaspora haïtienne par Lucienne NICOLAS, page 136).

Je voudrais commencer par dire que Gérard Etienne pour moi, c’est d’abord un collègue linguiste. Il est l’auteur d’une thèse de doctorat de linguistique intitulée : « Le créole du nord d’Haïti » soutenue à l’Université de Strasbourg. A ma connaissance, c’est la seule thèse universitaire (il y a des articles de recherche mais pas de thèse de doctorat français) portant sur le créole du Nord d’Haïti, l’une des variétés (peut-être la variété) les plus divergentes de l’ensemble linguistique créole relativement homogène d’Haïti. (Le mot « homogène » me fait horreur quand je parle de sociolinguistique, mais passons !)

Donc, c’est ainsi que j’ai fait connaissance avec l’œuvre universitaire de Gérard Etienne qui est tout aussi immense que ses textes de fiction.  Mais, en fouillant dans la mémoire de mon ordinateur, je viens de tomber (je croyais que je l’avais perdu au cours du désastre qui est arrivé à mon ordi en décembre dernier) sur une correspondance datée du 20 avril 2008 entre le docteur Etienne et moi-même sur la linguistique. Il n’y a dans ce texte pas l’ombre d’une animosité quelconque.

Le reproche m’a été fait que j’ai ignoré l’œuvre littéraire de Gérard Etienne dans mes deux articles intitulés Quand est-on écrivain haïtien ? Je voudrais dire ceci : Il y a plusieurs écrivains haïtiens dont je n’ai pas mentionné le nom dans ces deux articles. Par exemple, nulle part, ne trouvera-t-on le nom de Georges Anglade, de Myriam Chancy, de Fabienne Pasquet et, hormis Jean-Claude Charles et Jean Métellus, d’aucun écrivain haïtien ou d’origine haïtienne vivant et produisant en Europe. Et pourtant, Georges Anglade, avant sa disparition effroyable dans le tremblement de terre de janvier 2010, et moi, nous tenions une correspondance électronique assidue. Il m’a fait l’honneur de me nommer avec Dany Laferrière et 3 autres chroniqueurs de la presse montréalaise parmi ses cinq chroniqueurs préférés. Georges était connu pour être un géant des sciences sociales haïtiennes (géographie, anthropologie et sociologie) mais après sa retraite ou quelques années avant sa retraite, il s’était lancé dans la littérature et était devenu rapidement le brillant théoricien et praticien d’un genre spécifiquement haïtien connu sous le nom de lodyans. A ce titre, il a laissé des textes théoriques très profonds et au moins 5 livres de lodyans.

Je n’ai lu que deux textes de fiction de l’écrivain Gérard Etienne : La Reine Soleil Levée (Montréal : Guérin littérature, 1987) et La Pacotille (1991). J’estime que La Pacotille est un texte d’une grande qualité mémorielle qui ne se retrouve pas souvent dans l’histoire de notre littérature. La Reine Soleil Levée est sur un autre registre. C’est un récit super réaliste qui décrit avec des détails incroyables des milieux populaires de Port-au-Prince (Croix-des-Bossales…) dont certains de nos romanciers ont tendance à se passer dans leurs textes de fiction. G.E. le fait de main de maitre.

L’une des raisons pour lesquelles je n’ai pas (je n’avais pas encore) mentionné le nom de G.E. réside dans le fait que je construisais mon hypothèse pour une étude beaucoup plus longue sur la nature de l’écrivain haïtien que je compte mener avec un doctorant haïtien qui finit bientôt sa thèse de doctorat de philo à Paris, thèse qui n’a rien à voir avec la littérature. Il me semble que l’œuvre de Gérard Etienne, de Georges Anglade, et de certains autres écrivains haïtiens (ou de culture haïtienne) se situe dans une perspective différente par rapport à celle des écrivains que j’ai mentionnés dans mon texte Quand est-on écrivain haïtien ?

De toute façon, je suis en train de bâtir une hypothèse, je voulais m’assurer d’avoir lu l’essentiel de ces écrivains avant de m’engager sur une piste de recherche que j’aurais à abandonner, par faute de preuves. Tous ceux et toutes celles qui connaissent les affres de la recherche universitaire savent de quoi je parle.

Pour terminer, je voudrais citer 3 textes parmi les dizaines qui sont consacrées à l’œuvre de plusieurs écrivains haïtiens, dont G.E. : Prolégomènes à une Littérature Haïtienne en diaspora, par Jenner Desroches (CIDIHCA, 2000) , pages 157-201 ; Espaces urbains dans le roman de la diaspora haïtienne, par Lucienne Nicolas, Paris, L’Harmattan, 2002, pages 132-170 ; et Douleur et douceur du dialogue interculturel dans l’écriture romanesque de Gérard Etienne, par Corinne Beauquis, dans Ecrits d’Haïti. Perspectives sur la littérature haïtienne contemporaine (1986-2006), coordonné par Nadève Ménard, Paris : Karthala, 2011.

Pour finir, je voudrais dire ceci : je remercie infiniment tous ceux et toutes celles qui ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour empêcher cet incident de dégénérer. J’ai déjà exprimé en public mes remerciements à toutes ces personnes, je n’y reviendrai donc pas. Je voudrais seulement donner une immense étreinte à Nicole qui se reconnaitra et dont je ne citerai pas le nom car je voudrais respecter sa vie privée. Nicole m’a envoyé en privé une page et demie de commentaires ô combien justes, combien intelligents pour me demander d’abandonner cet incident. Merci, Nicole.

Finalement, je ne terminerai pas sans remercier trois intervenants anonymes ; deux sont débutants en linguistique et en créolistique dans la France Hexagonale et lisent régulièrement mes chroniques quand elles sont consacrées à des problèmes de linguistique ; le troisième vit en Haïti même et m’a écrit en privé. Je respecterai donc sa vie privée et ne révèlera pas son nom. Ils m’ont donné une immense satisfaction quand ils m’ont écrit pour me dire tout ce qu’ils ont appris de moi en linguistique et en créolistique sur le Net.

J’ai pensé au titre célèbre de l’un des derniers textes d’Aimé Césaire et je paraphrase Césaire avec cette conclusion « Enseignant je suis, enseignant je resterai. »

Hugues Saint-Fort