Suite au sursis de six mois accordé par l’administration Trump aux détenteurs haïtiens de TPS (Temporary Protection Statute, en anglais), l’annonce de la rencontre du président de la République, Jovenel Moïse, avec son homologue américain le 22 mars dernier en Floride a provoqué, l’espace de quelques jours, un soulagement au sein de cette communauté vulnérable de la diaspora haïtienne, attendant, sur le qui-vive, d’être fixée définitivement sur son sort.

Cependant, elle allait vite désenchanter en apprenant que le chef de l'Etat haïtien n’a même pas évoqué l’une des trois lettres définissant leur statut – précaire et indécis – durant les deux heures d’horloge qu’a duré sa rencontre avec Donald Trump à Mar-a-Largo, lors du minisommet USA-Caraïbes.

 

 « Jovenel Moïse a raté, une fois de plus, l'opportunité de prouver qu'il est apte à maîtriser les grands dossiers de la nation.  Considérant l'impact économique, social et environnemental que la déportation vers Haïti de plus de 50 000 ressortissants haïtiens et leurs enfants peut avoir sur le futur de la population haïtienne, comment le président haïtien a-t-il pu omettre de discuter d'un sujet si urgent et important avec le président américain ? », a commenté, amère, Farah Larrieux, détentrice du TPS, qui milite actuellement au sein de plusieurs associations de migrants en Floride pour l’obtention d’un statut permanent et légal.

 

Un article de Miami Herald confirme en effet que « la semaine dernière, lorsque le président haïtien Jovenel Moïse a rencontré le président Donald Trump aux côtés de quatre autres dirigeants des Caraïbes à Mar-a-Largo à Palm Beach, il n'a pas évoqué le sort réservé à 50 000 Haïtiens qui ont été accueillis aux États-Unis sous le statut de protection temporaire, un programme dont l’avenir reste incertain ».

 

« Ce n'est pas la première fois que le président haïtien a minimisé et insulté la lutte pour les droits humains et pour la défense des immigrants que nous menons aux États-Unis contre l'administration raciste de Donald Trump. Pourtant, il a abordé la crise au Venezuela avec non seulement le sénateur américain, Marco Rubio, mais aussi avec Donald Trump », a poursuivi celle qui s’est rendue à Washington au début du mois pour rencontrer plusieurs élus au Congrès pour les sensibiliser au sort des détendeurs de TPS, particulièrement à celui de ses 50 000 compatriotes.

 

Dans une interview accordée au Miami Herald après la réunion de deux heures de Mar-a-Largo, Jovenel Moïse a déclaré que ses discussions avec Trump étaient principalement axées sur des questions économiques et sur la manière dont Haïti pourrait tirer parti des opportunités commerciales américaines pour générer des investissements étrangers directs grâce à l'utilisation de ses terres agricoles qui aujourd'hui sont «pratiquement vides».

 

«Nous avons parlé de légumes, de fruits et de tubercules», a déclaré le président haïtien, en particulier des pommes de terre, des melons et des citrouilles. « Il y a une demande pour tous ces produits sur le marché américain. »

 

Sur la question du TPS, toujours selon le Miami Herald, le président Moïse a fait savoir que son administration se concentrait sur le Congrès américain. Le ministre des Affaires étrangères haïtien Edmond Bocchit a effectué plusieurs voyages à Washington et un groupe de sénateurs haïtiens s'est récemment rendu à Capitol Hill, a-t-il déclaré.

 

« Il ne s'agit pas seulement de la Maison-Blanche. Nous devons aussi travailler avec le Congrès pour voir si ces Haïtiens peuvent sortir de leur statut temporaire et devenir des résidents permanents», a déclaré le président Moïse.

 

Pourtant, même si un projet de loi, introduit par les démocrates le 12 mars dernier, devait être adopté à la Chambre des représentants, le journal floridien ne le voit pas passer au Sénat, sous contrôle républicain. Surtout que le Sénat a présenté mardi dernier deux projets de loi sur l'immigration.

 

« Je suis fatiguée de ces Haïtiens qui arrivent à la tête de notre pays sans vision, sans plan et stratégie de développement pour le pays, mais toujours prêts à répondre aux exigences des grandes puissances au détriment de leurs compatriotes. Il est plus que temps que cela change », explose Farah Larrieux qui a jusqu’en janvier 2020 pour se faire régulariser au risque de voir l’administration mettre fin à sa protection migratoire spéciale et temporaire.

 

Pour Marleine Bastien, responsable de l’organisation Fanm ayisyèn nan Miyami (FANM), citée dans l’article du Miami Herald, Haïti n’est toujours pas préparé pour absorber des dizaines de milliers de ses ressortissants qui vivent aux États-Unis temporairement depuis des années et que l’administration Trump tente de renvoyer chez eux.

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