Il y a deux mois, devant le spectre du chaos grandissant et la nécessité d’enrayer l’inévitable crise qui avançait à grand pas, j’avais demandé au Président Jovenel Moïse de faire un geste patriotique en démissionnant. A l’époque, plus d’un n’avait pas compris ma position.

Et pourtant, le constat était lucide, le cocktail déjà explosif et la réalité effrayante : violations répétées de la Constitution, rupture de confiance totale avec la population, économie en chute libre, dépréciation accélérée de notre monnaie, déficit budgétaire record, inflation galopante, mauvaise gouvernance, corruption, clientélisme, contrebande, instabilité politique, insécurité, zones de non-droit, improvisation au plus haut niveau de l’État...

Aujourd’hui, je prends note que l’ensemble des forces vives de la nation, confortant ma position initiale, fait de la démission du Président de la République la première condition d'une sortie de crise susceptible d’éviter au pays de chavirer dans l’anarchie complète et permettre une solution ordonnée dans une logique républicaine, institutionnelle et pacifique.

Ce 14 février, le discours tant attendu du Président Moise est venu jeter de l’huile sur le feu. Après huit jours de manifestation populaire et de paralysie totale des activités dans le pays, le chef de l’État est finalement sorti de son mutisme. Malheureusement il n’a annoncé aucune mesure concrète pouvant laisser entrevoir une lueur d’espoir de sortie de crise. Aucune allusion aux dispositions prises pour répondre aux revendications populaires légitimes (cherté de la vie, justice sociale, perte du pouvoir d’achat, dévaluation de la gourde, demande de justice et lutte contre la corruption). Coup raté pour le président qui a plutôt aggravé la situation et hypothéqué les minces chances qu’il avait de renverser la vapeur.

Je suis un démocrate convaincu, persuadé que l’alternance démocratique par les urnes est la voie à suivre. Mais gare aux illusions dangereuses. La réussite d’une opération électorale ne saurait constituer une garantie automatique de démocratie, de progrès et de justice sociale. Encore faudrait-il que nos élus soient à la hauteur. On ne gouverne pas contre tout un peuple. Haïti d’abord. La stabilité d’abord. Aujourd’hui plus que jamais on n’échappe plus à un CHITA PALE NATIONAL pour aborder les enjeux de l’heure : un projet national à long terme avec des propositions claires dont celle d’une nouvelle Constitution ouvrant la voie à un nouveau système, un nouveau régime pour un nouveau pays

Ce tèt ansanm ne sera possible qu’avec une farouche détermination des décideurs de recoudre le tissu social haïtien déchiré. Jovenel Moïse le souhaite-t-il vraiment ? Dans son adresse à la nation, le Président a jugé bon de préciser avec vigueur qu’il ne trahirait jamais les gens ayant la même origine sociale que lui. Qu’en est-il de celles et ceux qu’il ne considère pas être de sa classe sociale ? Je retiendrai (entre autres) de cet inénarrable discours du Président Jovenel Moïse cette phrase aussi invraisemblable que discriminatoire qui montre que « notre » Président n’a même pas su (ou voulu) faire semblant d’être le président de « tou(te)s » les Haïtien(ne)s. Au lieu d’être rassembleur, ce discours a été provocateur. Subséquemment comment espérer du Président Moise qu’il puisse réconcilier les filles et les fils d’une nation polarisée au bord du gouffre ? En temps de crise, on ne sème pas la haine. On tend la main. C’est pour cela que j’invite aussi l’opposition à refuser la violence qui n’amène qu’au chaos et qui risque de discréditer la cause qu’ils défendent.  De part et d’autre, il est encore temps de chercher des compromis sans devoir faire de compromissions.

Aussi, je réitère ici mon conseil déjà formulé au Président Moïse le 28 novembre 2019. Pour sauver la nation, même muni d’un mandat constitutionnel, je l’invite à démissionner. Ce cas de figure est prévu par la Constitution en son article 149 qui trace clairement la voie à suivre pour assurer la continuité de l’État et garantir la paix. Le Conseil des ministres, sous la présidence du Premier ministre, exercera le pouvoir exécutif pour une période allant de 60 à120 jours. A l’intérieur de cette période, l’exécutif convoque un dialogue national pour trouver un accord politique devant statuer sur le contenu et la durée de la transition. Idéalement, elle peut être de deux (ou trois) ans et permettrait, entre autres, d’aboutir à un gouvernement de salut public de 10 ministres devant plancher en priorité sur un plan de sauvetage économique, la réforme constitutionnelle, la formation du Conseil Electoral Permanent et du Conseil constitutionnel, la mise en chantier d’un véritable État de droit, notamment à travers la tenue du procès Petro Caribe et l’organisation des prochaines élections générales.

 

Il est encore temps d’éviter le pire !

 

Député Jerry Tardieu
Le 15 février 2019

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