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HAITI| CRISE POLITIQUE : PRISE DE POSITION DU DEPUTE JERRY TARDIEU
Devant la gravité de la crise économique et politique actuelle, devant le spectre du chaos chaque jour grandissant, devant le délabrement accéléré de l’état, devant la montée de l’insécurité qui plonge la nation dans l’angoisse, la nécessité urgente d’un véritable dialogue national est aujourd’hui reconnue par tous.

En effet, jamais notre pays n’aura connu une situation si pitoyable. Economie anémiée, déficit budgétaire record, inflation galopante, gabegies administratives et mal gouvernance, corruption, trafic d’armes,  zones de non-droit, prévalence des intérêts particuliers sur l’intérêt national, instabilité politique, insécurité, improvisation au plus haut niveau de l’état, insalubrité généralisée...

Jamais les institutions de notre pays n’ont été aussi inefficaces et vassalisées. Cette situation est le résultat des échecs accumulés de la gouvernance et aujourd’hui de l’échec patent du Président Jovenel  Moïse qui devrait être le premier garant de nos institutions. La confiance entre la population et le président de la république est aujourd’hui cassée. La confiance entre la population et nos élites dirigeantes et autorités institutionnelles est rompue. Les manifestations imposantes du 17 Octobre et du 18 Novembre et les deux dernières journées de grèves réussies en sont la preuve palpable. La police nationale, seul rempart du maintien de la stabilité, doit être renforcée au plus vite puisque, de l’aveu même de son Directeur Général, des unités spécialisées lourdement armées, en uniformes et treillis militaires échappant

 à son contrôle sillonnent les rues de Port-au-Prince. C’est gravissime. Le pays est donc une barque à la dérive tandis qu’une guerre civile de basse intensité prend chair de plus en plus et menace de se généraliser.

Malgré cette évidence chaque jour plus criante, les autorités morales et les forces vives du pays  semblent tétanisées et paralysées. Les partis politiques y vont chacun de leurs propositions de sortie de crise qui divergent les unes des autres. Chacun se donne des raisons de croire qu’il a les solutions, mais  tout le monde sait que personne ne peut rien garantir puisque ne disposant ni de la force, ni de l’autorité  politique, ni de la légitimité morale nécessaire pour imposer ses options à l’ensemble de la nation. Tout le  monde sait qu’il est venu le temps de rassembler les forces vives pour construire un projet national mais  on est toujours loin du consensus sur la meilleure façon de faire.

Aucun secteur ne semble bénéficier de la crédibilité nécessaire pour prendre l’initiative d’un tel dialogue.

Ni le président de la république contesté et impopulaire. Ni le parlement, ni les partis politiques, ni les leaders des différents secteurs de la vie nationale, tous en panne de crédibilité aux yeux de la population.

L’impasse est donc parfaite.

Que nous reste-il donc comme option réaliste pour sortir du chaos ?

Des consultations qui se sont multipliées au plus haut niveau de l’État sortent des rumeurs qui tiennent en suspens l’opinion nationale. La responsabilité des dirigeants actuels de l’État est dramatiquement  engagée. Tous les yeux sont braqués sur le président et attendent qu’il pose le geste patriotique qui peut

éviter au pays de chavirer dans l’anarchie complète.

Je suis un démocrate convaincu, persuadé que l’alternance démocratique par les urnes est la voie à  suivre. Mais gare aux illusions dangereuses. La réussite d’une opération électorale ne saurait constituer  une garantie automatique de vitalité démocratique. Encore faut-il que nos élus soient à la hauteur.

Aujourd’hui force est de constater que le Président de la république a perdu toute capacité de remonter  la pente, que des haïtiens meurent tous les jours, que la situation s’enlise d’heure en heure et que le chaos est déjà là ! Pour éviter le pire, agissons vite.

Dans les heures qui viennent, le Premier Ministre devrait convoquer les forces vives du pays, l’opposition  (y compris dans sa branche la plus radicale), les partis politiques afin de trouver un accord politique  qui pavera la voie à la formation d’un nouveau gouvernement d’ouverture et l’agenda détaillé d’une  véritable conférence nationale souveraine. Le Premier ministre devra accepter toutes les résolutions de  cet accord même quand celles-ci incluent le départ du gouvernement dans sa totalité. La conférence  nationale devrait inclure entre autres :

1- La mise en place d’une feuille de route du gouvernement de salut public formé de personnalités connues pour leur compétence et leurs réussites dans leurs secteurs respectifs. Elle devra inclure les grandes réformes aujourd’hui plus que nécessaires.

2- La mise en place des conditions pour une enquête approfondie, transparente et sérieuse sur le  dossier Petrocaribe afin d’en arriver à un procès pour démasquer et punir les coupables de dilapidation de fonds publics.

3- La réflexion sur la réforme constitutionnelle. Là encore, on ne partirait pas de rien. Des travaux  sérieux existent déjà. Ceux de la Chaire Louis Joseph Janvier sur le constitutionalisme haïtien de l’Université Quisqueya, celle du Groupe de travail sur la constitution (GTC) mis en place par René Préval, ceux  de la commission spéciale sur l’amendement de la constitution de la chambre des députés.

L’heure est grave. La notion d’une conférence nationale souveraine comme instrument apte à faciliter  des solutions pacifiques négociées figurait déjà dans les théories du contrat social de Jean-Jacques Rousseau. Les États-Généraux de 1789 se sont inspirés de cette formule ainsi que les conférences

nationales de nombreux pays. Il faudra creuser pour trouver la bonne formule de cette conférence notamment quand on considère les forces et personnalités recoupant des intérêts multiples qu’on se propose de convoquer. Nous reste-t-il vraiment d’autres options ? Non ! On n’échappe plus à un CHITA

PALE national pour aborder les enjeux urgents : un projet national à long terme avec des propositions claires.

 

Fait à Pétion-Ville, le 20 Novembre 2018

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