“Les caisses de l’Etat sont vides” s’écriait le président-provisoire Jocelerme Privert dès sa prise de fonction en Février 2016. “La situation sociale, économique et financière est désastreuse à cause des mauvaises décisions prises .….” a lancé la semaine dernière le médecin-Premier Ministre Jack Guy Lafontant  présentant un tableau très sombre de l’état financier des institutions publiques du pays deux mois environ après son arrivée à la primature.

D’un ton théâtral et la main par moments sur le coeur, le Chef de gouvernement a présenté les éléments indicatifs d’une gestion malsaine des ressources de l’Etat: personnel pléthorique, endettement de presque tous les ministères et  organismes déconcentrés,  mauvaise utilisation de matériels roulants, masse salariale excessive, détournement apparent de fonds provenant de projets pourtant inscrits dans le budget de l’Etat, etc ….

Passant en revue un à un les mauvais élèves de l’administration publique haïtienne, le Chef du Gouvernement, deux semaines après avoir délivré une feuille de route à chacun des membres de son cabinet, semble porter un costume d’observateur en dénonçant  une situation budgétaire très compliquée pour le Ministère des Affaires Etrangères.  “ L’Etat n’est pas en mesure de payer les employés de ce ministère dont le crédit budgétaire est déjà épuisé alors que sa dette est estimée à 1.4 milliards de gourdes soit 21 environ millions de dollars américains.

Raison avancée par le Premier Ministre : “Yo amploye yon paket mounn” (Ils ont embauché beaucoup de gens). Le Chef de la Primature n’invente rien. Nos missions diplomatiques et consulaires sont bondées d’employés et de contractuels. Cette situation ne date pas de la période de transition Privert-Jean-Charles. Chaque équipe gouvernementale a son “petit lot d’amis, de proches, de parents  à caser à l’étranger”, chaque majorité parlementaire a  “son enveloppe d’employés” prête bien avant  les négociations préliminaires au vote de tous les Premiers Ministres, y compris le Dr Jack Guy Lafontant.
C’est un problème extrêment sérieux compte tenu du montant du salaire (en dollars en plus) à verser à ses nombreux protégés de nos hommes politiques qui gonflent  les missions diplomatiques et postes consulaires d’Haïti à l’étranger.


Le dossier du Ministères des Affaires Etrangères (personnel pléthorique) est politique. Et la solution n‘est pas pour demain sans un consensus entre les pouvoirs exécutif et législatif qui sont, en fait, les autorités de nomination du personnel diplomatique et consulaire. La mesure  “comestique”  contenue dans la note-circulaire du Ministère des Affaires Etrangères du 26 Avril dernier réduisant les frais  de résidence des Chefs de Mission Diplomatique et Poste Consulaire respectivement à $4,000 et $2,500 est  une goutte d’eau dans l’océan. Cela représente une réduction  mensuelle de $15 à $20,000 pour les trois (3) Ambassades (Washington, OEA, Nations-Unies) et 6 Consulats des Etats-Unis  par exemple alors qu’une sérieuse réforme au niveau du personnel administratif  pourrait aboutir à une baisse d’environ $500,000/mois de la masse salariale du Ministère des Affaires Etrangères. (pour les Etats-Unis seulement)

FAES (Fonds d’Assistance Economique et Sociale)  presqu’en faillite selon le Premier Ministre
283 employés émargent du budget de cette institution alors qu’il en faut seulement 50, constate le Chef du Gouvernement  d’un ton moqueur n’oubliant pas d’épingler l’équipe de la transition (Privert-Jean-Charles).  Le FAES n’est pus crédible aux yeux des institutions internationales bet des bailleurs de fonds, rapporte celui qui est charge de la gestion des institutions étatiques  depuis sa ratification à la mi-mars par les deux branches du parlement haïtien. 

Pour étayer sa thèse de mauvaise gestion de cette institution pendant la transition, le chef de gouvernement “raconte” que sur 37 écoles qui devraient être construites dans la Grande-Anse après le passage de l’ouragan Matthew, les travaux de 7 seulement ont pu être achevés. Seuls 5 des 100 véhicules du FAES sont état de fonctionnement alors que sa dette envers ses fournisseurs est estimée à environ 300 millions de gourdes soit 4,3 millions de dollars américains. Les résultats de l’audit financier du Fonds d’Assistance Economique et Social sont catastrophiques, rapporte le Premier Ministre dans son discours  qui n’avait, semble-t-il,  que pour objectif de “dénoncer la mauvaise gestion” de la précédente administration.

Si l’on s’en tient à la situation décrite par le Chef de la Primature, il y a lieu de parler de malversations financiբres au niveau du Fonds d’Assistance Economique et Sociale (FAES) au cours de la période  comprise entre Février 2016 et Février 2017. Alors pourquoi ne pas remettre ce dossier à l’Inspection Générale du MEF  et/ou à  l’ULCC (Unité de  Lutte Contre la Corruption), deux entités dépendant comme le FAES du MEF (Ministère de l’Economie et des Finances) ?
Et pourquoi, les Commissions permanentes des Finances de la Chambre des Députés et du Sénat ne saisissent pas au bond cette balle lancée par le Premier Ministre ?


Des ministères lourdement endettés y compris celui dirigé par un membre de l’actuel gouvernement
Du ministère des Affaires sociales  (514 millions de gourdes), celui du Tourisme (74 millions ), celui de l’Education Nationale ( 5,5 milliards dont 680 millions pour le programme PSUGO), celui des Travaux Publics (1,5 milliards), celui de la Santé Publique (1,4 milliards), jusqu’à celui de la Défense ( 16 Millions):  tous les ministères croupissent sous le poids de lourdes dettes envers leurs fournisseurs de biens et/ou de services, selon les chiffres avancés par le Médecin-Premier Ministre en mode d’observateur.

En voulant “diaboliser” ses prédécesseurs au pouvoir, le Chef de la Primature a épinglé, sans s’en rendre compte, un membre de son cabinet ministériel, l’actuel Ministre de la Planification et de la Coopération Externe, Me Aviol Fleurant qui occupait les mêmes fonctions pndant la transition politique conduite par Jocelerme Privert et Enex Jean-Charles.

“En ce qui concerne le Ministère de la Planification et de la Coopération Externe qui a pour mission de conduire, d’animer et de piloter le processus de planification du développement économique et social du pays, il fait face lui aussi à de sérieux problèmes. Quatre (4) des projets qu’éxécute ce  ministère sont bloqués parce qu’il n’y a plus d’argent….. La dette de ce ministère  estimée à 16 millions de dollars américains concerne les projets suivants:

  • réhabilitation de la Route Belladères-Cerca Cavahal ($3 millions)
  • construction du Ministère du Commerce et de l’Industrie ($5.3 millions)
  • réhabilitation de la Route Mirebalais-Lascahobas ($4.2 millions)
  • construction du marché de Pignonet Grande Rivière du Nord ($1.7 millions)
  • amélioration du wharf de Jérémie ($1.8 millions)”

En mettant sous les projecteurs la mauvaise gestion d’un ministère que dirige un membre de son cabinet ministériel, le Premier Ministre Lafontant, sans le vouloir, lance un débat sérieux sur le phénomène de la corruption, véritable cancer pour le développement national. Les chiffres indicatifs de la “mauvaise santé’ des institutions publiques haïtiennes reflètent, peut-être  une époque,  mais on ne saurait imputer à  l’administration Privert toutes les responsabilités de la cahotique situation financière du pays entre Février 2016 et Février 2017.  “Les caisses de l’Etat sont vides” en dépit des milliards de dollars de Petro Caribe dont a bénéficié Haïti,  s’écriait Jocelerme Privert à son arrivée au pouvoir en Février 2016. Une enquête du Sénat haïtien est d’ailleurs en cours pour faire le jour sur les fonds dépensés dans le cadre de certains projets executés pendant l’administration du président Martelly.

La corruption est presqu’institutionnelle en Haïti. Le Centre National des Équipements (CNE), le Fonds d’Assistance Economique et Social (FAES), le Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (BMPAD), l’Office National d’Assurance (ONA) sont de véritables vâches à lait pour les tenants du pouvoir en Haïti. Ces institutions ont remplacé la Régie du Tabac et des Allumettes, la TELECO d’une autre époque.

La nouvelle mission d’exécution de projets conféree, depuis quelques années au Ministère de la Planification, n’est pas le fruit du hasard. Ministère technique avant 1990, le MPCE  a été dirigé durant l’ère Préval II et Martelly par le Chef de la Primature (Jean-Max Bellerive à 3 reprises et Laurent Lamothe) et s’est vu octroyer une part importante du budget national (parmi les 5 plus importants postes budgétaires). D’Aristide à Martelly en passant par Préval , le Fonds d’Assistance Economique et Social (FAES) a été toujours dirigé par un proche du palais national. L’Administration Générale des Douanes (avec de rares exceptions comme Clovis Noël pendant la présidence de Martelly), l’Autorité Portuaire Nationale (APN) ... ont toujours à leur tête les hommes du Président ou à défaut de la Première Dame. Et depuis quelques temps, le chef d’un bloc politique influent au parlement (sénat généralement) peut imposer son poulain à l’APN ou à l’AGD au moment des négociations pour la ratification de l’énoncé de la politique générale du Chef de Gouvernement. Dans le jargon politique haïtien, cela s’appelle “partage de responsabilités”. Le secteur privé, la presse, l’église ne sont pas étrangers à cet environnement délétère. Des hommes influents de ces secteurs peuvent, eux-aussi, placer, nommer leurs proches à d’importantes positions dans l’administration publique pour les besoins de leur cause.

Avec les révélations chiffrées sur l’état financier des institutions publiques haïtiennes la semaine dernière, le Premier Ministre Jack Guy Lafontant aura le mérite de confirmer l’une de ces tristes réalités de l’administration publique haïtienne. Cependant, disposant d’une majorité assez confortable dans les deux branches du parlement (Tet Kale et alliés), le Dr Jack Guy Lafontant  perdra toute crédibilité s’il ne fait pas sien ce vieux proverbe : “Aux  grands maux les grands remèdes”. Faire état de la baisse des recettes fiscales pour les 6 premiers mois de l’année sans proposer une solution pour les augmenter est vraiment nocif  pour le climat des affaires. Faire état de la faiblesse de la monnaie nationale par rapport à la devise américaine en dépit des efforts consentis depuis quelques mois par la Banque Centrale haïtienne pour garder la gourde au-dessous de la barre de 70 peut décourager les investisseurs haïtiens et étrangers.

Sur le plan de la communication, les conseillers du chef de la Primature ont du pain sur la planche. Ils doivent aider le PM à améliorer son “jargon politique” et soigner sa posture devant la caméra. Visiblement, le médecin devenu politicien “ n’est pas du métier” dirait Maurice Sixto. On atteint pas son public quand le regard est constamment rivé sur une feuille de papier. Pour une présentation aussi importante, en lieu et place du direct, il fallait opter de préférence pour l’enregistrement d’un message (assis devant un bureau) avec usage d’un tele-prompteur. Des phrases simples, plus courtes sans ces proverbes qu’il avait du mal à délivrer. Notre vernaculaire a aussi ses règles. Il ne faut pas les assassiner. En plus, le sujet du jour était trop important pour le délivrer sur un ton aussi “théâtral”.

Le discours du Premier Ministre Jack Guy Lafontant

 

 

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