Le « political correct » peut être une plaie quand il devient une idéologie et quand celui qui le pratique tombe dans la mythomanie. S’il est souvent associé au libéralisme, celui-ci, empêtré dans son désir de donner à la réalité les couleurs qui lui plaisent, rate souvent les moments clés de l’histoire quand il fallait du courage, du pragmatisme et le sens de l’innovation.

Il y a aussi le « political correct » chez nous. On applaudit quand les hélicoptères américains arrivent en Haïti, mais on oublie qu’il fut un temps où nous avions nos aéronefs et nos pilotes qualifiés. Le « political correct », souvent ici dans une bêtise voulue, a détruit notre armée alors que dans les autres pays de l’Amérique latine on faisait preuve d’intelligence en réformant et en modernisant les forces militaires.

On verse des larmes de crocodile quand la République dominicaine nous vient en aide avec les réserves qu’elle avait stockées pour sa population en cas de cataclysme alors que nous, nous ne sommes même pas capables d’engranger la moindre miette de pain pour parer à une situation catastrophique. Nous sommes même incapables de mettre sur pied le plus simple système d’alerte, si bien que plus des troisquarts de la population du Grand Sud ont été totalement surpris par l’ouragan.

 Nous avons des discours de nationalistes alors que notre nationalisme consiste à donner du sang frais à un système politique voyou qui dépouille la nation de ses ressources et qui empêche les vrais entrepreneurs d’oeuvrer dans une atmosphère de libre concurrence dans le but de refaire notre économie. Notre réalité est celle des comédiens criminels qui se livrent en spectacle au Parlement, dans nos soi-disant ministères et dans nos rues avec leur quatre-quatre aux vitres fumées et avertisseurs agressifs.

Si on a des choses à reprocher à nos voisins dominicains, le discours « political correct » oublie aussi que nous ne donnons pas de papiers sur notre territoire à nos compatriotes, que le chômage, l’environnement sont les cadets de nos soucis et que nous sommes aussi racistes que certains de l’autre côté de la frontière, et qu’aussi la corruption et la mythomanie ont fait de nous un État failli, un cas d’école pour démontrer à quoi peut aboutir un pays quand il est dirigé par des incompétents et des corrompus.

 Le discours « political correct » frise parfois la folie quand il est prêt à laisser des dizaines de milliers de personnes dans l’indigence sous prétexte de nationalisme. De toute manière, les tenants de ce discours avaient déjà laissé la population dans l’indigence. Le « political correct » chez nous a l’indécence de parler des pères de la patrie alors que les agissements de ses tenants sont une gifle chaque jour au visage de ceux qui avaient voulu pour nous une patrie fière et libre. Ce pays ne sortira pas de sa situation déplorable avec des discours schizophrènes et ce déni de la réalité qui en fait ne prouvent que le mépris profond qu’on a pour notre peuple et un penchant névrotique pour le minable et la médiocrité, bref pour ce « kokoratisme » qui nous a déjà fait tant de mal.

 La seule attitude patriotique possible est de reconnaître les causes de cette situation et de se mettre sereinement à tout refaire, à tout reconstruire. Notre système politique est obsolète. Il permet trop à nos problèmes mentaux de s’extérioriser. C’est une vraie révolution qu’il nous faut. Une révolution dans les esprits. Une révolution dans notre système éducatif. Une révolution dans nos coeurs. Une révolution solidaire ou chacun de nous décide de revenir à la modernité. Une révolution dans le regard et le ressenti. Une révolution qui extirpe de nous… notre mythomanie.

Gary Victor

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