Cette transition qui n’en finit pas

LE NOUVELLISTE DU 31 Août 2016 - Pour un temps ou à long terme, le passionnant animateur sportif de Radio Ibo va entamer une carrière politique. Candidat au Sénat pour le département de l’Ouest mais pas sous la bannière du RDNP qu’il avait rejoint en 1980.

C’est une démarche exemplaire, courageuse en ces temps « durs ». Dans ce département énorme par le nombre de communes et de votants, rongé par des plaies atroces, la Plateforme Pitit Dessalines a débouché sur un «schisme» par le fait que son leader omniprésent a fini par trancher en faveur de Muraille Jean Myrtho au détriment d’Assad Volcy (Entente Nationale des Travailleurs pour le Réveil d’Haïti), le numéro 2 de la plateforme. Transfuge du KID, le fougueux André Michel a laissé son propre parti, JISTIS, pour obtenir la bannière du RDNP alors que Patrice Dumont, ancien responsable de campagne électorale de Mirlande H. Manigat en 2010 - 2011, a pris la casquette d’un parti inconnu jusqu’ici, Rassemblement des patriotes haïtiens, # 49.

Le pays – pas seulement au niveau parlementaire – fait face à une carence en décideurs compétents mais aussi et surtout en vertueux et dévoués. Une nation à qui l’on offre ou impose des élus et des dirigeants incapables et inutiles n’est pas certaine de voir résorbée cette plaie de la «démocrature», ce comble d’instabilité et de voyoucratie.Discréditée et corrompue, la génération d’hommes et de femmes politiques issue de 1986 n’a pas pu se hisser valablement à la hauteur des missions citoyennes salvatrices en se comportant en de vrais responsables d’État. Quel gâchis !

La motivation de Pierre Paul Patrice Dumont (Pépé pour les amis), en ce sens, n’est pas feinte. Collègue journaliste au verbe flamboyant, fascinant, bagarreur, il a deux passions : le sport et l’enseignement. Il y en a que cela rendrait fous. Lui prétend que cela a guidé tous ses choix. Et la politique ? Ce vieux militant politique, admirateur effusif du professeur-historien-politologue Leslie F. Manigat, est un homme de parole. On le juge tenace, alerte, consciencieux, mais doté aussi d’une remarquable capacité d’analyse. Sur l’échiquier électoral, l’auteur enthousiaste de «Haïti à Munich, 20 ans après» (1994) et de « François Duvalier et le football haïtien : un contrôle totalitaire » (2015), entraîneur de football et journaliste sportif avisé et passionné, a des concurrents de poids. Au cours de la période post-1986, les hommes et les femmes qui se sont succédé au Parlement ont, dans la majorité des cas, pratiqué une stratégie politique consistant à défendre les petits intérêts du ventre, ce, dans le sens le plus vil du terme. Impréparés et sans vision, ils sont obnubilés par le seul désir de rester au pouvoir en ayant recours à des opérations électorales généralement frauduleuses, qui conduisent le pays sur la voie dangereuse du marasme économique, de l’immigration et de l’instabilité politique.

Dans ce contexte de mensonges et de désenchantements, nous pensons que le pays a besoin d’une nouvelle génération d’hommes et de femmes d’État à la tête du Sénat dont la mission historique consistera à sortir Haïti du chaos, pour citer Clarens Renois, et remettre la République sur des rails solides, même si nous admettons qu’il s’agit d’une tâche complexe et de longue haleine. Parmi les favoris et les plus sonores, on peut citer : Didier Alix Fils-Aimé (Vérité), John Miller Beauvoir (Fusion), Sabine Morpeau Duvivier (Canaan), André Michel (ancien candidat à la présidence), Assad Volcy, Arnel Bélizaire, Lucmane Delille (OPL), Louis Gérald Gilles (Fanmi Lavalas), Muraille Jean Myrtho (Pitit Dessalines), etc. Exacerbée par des incertitudes de tous ordres et des narcissismes contrits, la bataille ne va pas être facile ! Déjà, dans l’impatience de l’ouverture officielle de la campagne, on voit ici et là réveillées tantôt les crispations catégorielles, tantôt les illusions mensongères et outrancières de la démagogie populiste.

Pour stopper cette dérive sans précédent, il nous faut des professionnels et citoyens engagés qui ont effectivement le caractère de femme et d’homme d’État, c’est-à-dire des acteurs politiques qui peuvent transcender sur des questions incontournables comme le sport, la scolarisation universelle, la promotion de l’identité nationale, la création d’emplois durables et qui comprennent qu’il est impérieux d’instaurer une stabilité politique et institutionnelle qui sera le gage du décollage socio-économique de la République. Sans le moindre doute et en toute urgence, nous avons besoin d’une nouvelle catégorie de Députés, de Sénateurs, de Ministres, de Présidents (par-ci par-là), de Premiers ministres, de chefs de parti et de grands fonctionnaires qui doivent se rendre à l’évidence qu’ils sont appelés à participer à la construction de l’État de droit initiée depuis 1986 ils doivent aussi comprendre qu’ils ont la responsabilité historique de léguer un héritage positif aux générations futures. C’est vital pour Haïti.

Stupéfaction ici, exil là, impuissance, lassitude partout ! Pépé qui vient de publier une sorte d’apologie effrénée sur la Perle du Barça «Messi» a fait le saut. Un exemple dans ce décor étouffant. Cette conviction, venue un peu de l’idéologie et beaucoup de l’expérience personnelle, est la voie à suivre. Quelle est la conséquence de cette nouvelle carrière qu’il vient d’entamer ? Il faut, comme Pépé dont l’œil pétillant est le reflet d’un esprit cultivé, se jeter dans la mêlée pour voir émerger une autre Haïti, un pays flambant neuf …

Par Pierre-Raymond Dumas

Autre article publié dans le Nouvelliste du 31 Août 2016

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