Clarens RENOIS, ancien candidat à la présidence

Notre société est comme une machine à produire de la frustration et des inégalités. 2016 a commencé dans la plus grande confusion au plus haut sommet de l’état. Les premières décisions prises par les autorités ne laissent la place à aucun doute sur la nature des nombreuses difficultés qui vont s’étaler tout le long des douze mois de cette nouvelle année et au-delà. Car, il ne faut pas l’oublier chaque acte que nous posons aujourd’hui va avoir inexorablement des conséquences sur notre vie à court et à moyen terme.

Prenant tout le monde de court, le président de la République annonce, le 1er janvier que le second tour de l’élection présidentielle allait se tenir le 17 du même mois.

Trois jours plus tard, le Conseil électoral jette un pavé dans la marre. Il dit clairement que l’élection n’est pas possible le 17 janvier, « elle ne permettrait pas de respecter les échéances constitutionnelles du 11 janvier et du 7 février ». (Respectivement entrée en fonction du nouveau Parlement et investiture du président élu)

Panique ! Le président convoque une réunion urgente et obtient quelques heures plus tard que le CEP organise les élections une semaine plus tard soit le 24 janvier.

Cette annonce suivie de la publication dans le journal officiel de la liste des parlementaires élus est venue exacerber une situation politique déjà pourrie que les élections contestées d’aout et d’octobre 2015 ont léguée à 2016.

Décider de poursuivre un processus électoral décrié, contesté et critiqué par une Commission d’évaluation présidentielle, c’est prendre le risque d’enfoncer le pays dans la division, c’est accentuer les frustrations et les fractures engendrées par des élections qui finalement sont considérées comme les pires que le pays ait organisées durant cette expérience démocratique désormais trentenaire (1986-2016).

Paradoxalement, la  décision du président Martelly et de l’administration du Premier ministre Évans Paul de poursuivre le processus électoral semble faire l’affaire de la communauté internationale, les États-Unis en tête, totalement sourde aux complaintes des Haïtiens.

Preuve que c’est la position de la communauté internationale qui prévaut en Haïti : sa position a été choisie au détriment des recommandations de la commission formée par le président de la République Michel Martelly qui, en dépit des critiques, a fourni des pistes de solutions à la crise enfantée par les élections.

La commission a suggéré que le CEP soit remanié pour recréer la confiance et plus important : « Qu’un dialogue politique » soit entrepris entre les différentes forces politiques du pays avant même de relancer la machine électorale.

 

Ce n’était pas l’avis de la communauté internationale qui entre-temps a clairement ordonné aux autorités haïtiennes d’aller au bout, jusqu’au bout. Après la visite en Haïti de deux émissaires américains, le président signe l’arrêté convoquant le peuple aux urnes le 24 janvier.

Mais voilà que le candidat Jude Célestin tiraillé de tous les côtés se dérobe à la courtisanerie et à l’adulation de la communauté internationale. Célestin dit non au second tour. « Pas avec ce CEP », a répété son conseiller politique.

Dès lors, l’autre concurrent Jovenel Moïse s’est-il donc retrouvé dans une campagne solitaire. Si le scrutin devait se tenir le 24 janvier, Moïse serait tout bonnement plébiscité. À quoi bon donc tenir des élections avec un seul candidat ? Le 24 janvier n’aurait pas sa raison d’être.

Comment imaginer une finale de coupe du monde de football sans les deux finalistes ?

Depuis le premier jour de l’année, le pays est couvert de rumeurs les unes plus insensées que les autres. Des informations, commentaires et « zen » affolent les réseaux sociaux qui vont vite n’étant pas tenus aux mêmes rigueurs de traitement que la presse professionnelle.

Pour ne pas les citer, on note que certaines rumeurs donnent le Premier ministre Évans Paul sortant (sur le départ) après avoir été humilié par le couple présidentiel. La vérité est à chercher dans une autre démarche attribuée au pouvoir. Il serait sur le point de désigner un nouveau Premier ministre tout en cherchant à contrôler les nouveaux bureaux du Parlement.

Quoi qu’il en soit, les jours de Michel Martelly au pouvoir sont comptés. La question maintenant est de savoir qui sera à la tête du pays à partir du 7 février ?

Il s’en va et nous laissera dans la crise, heureux d’avoir réalisé son rêve personnel. Lui, le garçon infréquentable de Pétion-ville, pour rappeler les propos de son ex-mentor Daniel Supplice. Il a réussi pour lui et pour ses proches à accomplir un mandat présidentiel là où les professeurs d’histoire, politologues émérites ont échoué. Martelly a réussi en tout. Être reçu par le pape, des rois et les plus grands chefs d’État du monde.  Intervenir à la tribune de l’ONU, parler dans les plus grands forums internationaux. Quel exploit pour un amuseur grivois ! Il peut préparer son bilan personnel en regardant son portrait dans la galerie des chefs d’État. Il repartira avec la satisfaction d’avoir mis tant de personnalités à ses pieds, mais il nous laissera dans la crise. Martelly est arrivé à la faveur d’un séisme, il repartira en laissant un séisme.

Quoi qu’on pense, la crise qui secoue le pays aujourd’hui n’est pas celle du quinquennat de Martelly. C’est la crise de la classe politique. C’est la crise de toute la société.

La situation que Martelly nous laisse est la somme des erreurs politiques commises depuis plus de 50 ans. C’est la responsabilité de toute la classe politique qui doit y faire face et trouver des solutions pour permettre à Haïti de se relever de tant de malheurs.

 

Par ces temps de défis L’un des plus grands qui se présente à nous c’est celui du « vivre ensemble » en évitant d’introduire la communauté internationale dans la gestion de nos problèmes internes. Il faut en tout rechercher les intérêts d’Haïti d’abord. Rechercher ce qui nous rassemble pour avancer ensemble. Nous devons après une introspection  et un mea culpa nous regarder dans les yeux et nous dire : « Après tout, nous devons, nous allons travailler ensemble ».

Nous ne devons pas oublier que le soutien de la communauté internationale ne sera qu’éphémère, passager, circonstanciel parce que lié aux intérêts des pays qui la composent.

Le soutien de la communauté internationale ne dure jamais. Tôt ou tard, elle, la communauté internationale, vous abandonnera comme elle avait lâché les Duvalier après les avoir soutenus pendant trente ans.

Il suffit de regarder avec lucidité les bouleversements que le monde connaît depuis cinq, six ans pour comprendre les nouvelles donnes de la géopolitique des grandes puissances. La chute de Kadhafi en Libye, le renversement de Saddam Hussein en Irak, bref le printemps arabe nous donne l’occasion de voir des dictateurs soutenus par des pays étrangers et lâchés par ces mêmes pays pour des raisons pas souvent expliquées à l’opinion publique.

Et Haïti dans tout cela ? C’est la réflexion que nous devons faire en ce début d’année 2016. Notre intérêt est-il lié à telle ou telle campagne électorale qui se tient chez nos puissants voisins du nord. Notre intérêt est-il dans la victoire de tel ou tel camp aux États-Unis ?

Et Haïti dans tout cela ? Nos dirigeants doivent comprendre en fin que notre intérêt national ne sera jamais ailleurs, qu’ici.

 C’est la seule condition pour préparer mieux l’avenir de nos enfants.

Clarens Renois

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