Le vote de ce dimanche 9 août 2015 a mis en lumière un ensemble de problèmes que la société haïtienne doit régler de toute urgence. Le premier problème concerne l'autonomie administrative de notre pays à récupérer conjointement avec l'autonomie politique  et la souveraineté. La seconde urgence est la mise en place d'un organisme électoral permanent pour sortir de l'improvisation et de l'impréparation qui caractérisent les Conseils Électoraux provisoires. En troisième lieu, la classe politique doit prendre conscience de la nécessité de mettre fin à plus de deux siècles d'archaïsme et de pratiques qui ont consacré notre sous-développement en tout.

Car les scènes enregistrées lors de la journée de vote viennent en ligne droite de ce que rapportent les livres d'histoires depuis le XIXème siècle haïtien où les élections donnent lieu à des actes de vandalisme, l'incendie de bureaux de vote, la confiscation ou le bourrage d'urnes, la violence contre les centres de vote etc.

Les élections du 9 août ont montré que le CEP n'était pas tout à fait prêt, n'avait pas le plein contrôle de la machine électorale et qu'il aurait mieux valu décaler la date des élections d'au moins une semaine supplémentaire pour résoudre la question des mandats aux partis politiques et l'affichage des listes d'électeurs aux bureaux de vote avec de préférence la liste des votants par ordre alphabétique devant le bureau correspondant pour faciliter la tache des électeurs comme on l'avait fait dans de précédentes élections.

Le  9 août nous a montré que la question de la sécurité des centres de vote était prise à la légère, parce que ceux qui ont profané les bureaux de vote et perturbé les opérations électorales ont pu agir sans crainte aucune et sans que les forces de l'ordre n'aient oeuvré pour les en empêcher. Si les actes de vandalisme ont pu se produire c'est que soit la Police était absente, soit elle était passive ou complice des acteurs de la violence. Nous serions en droit de poser la question de la force de sécurité nationale. Dans l'état actuelle de notre réalité, la Police nationale a-t-elle, toute seule, la capacité d'organiser la sécurité en Haïti? La problématique de la force publique haïtienne doit être ici posée en toute objectivité.

Depuis plusieurs années, l'argent des élections est géré par un fonds fiduciaire et c'est le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) qui en est l'ordonnateur. Ceci est une anomalie que l'Etat haïtien doit régler au plus vite. Le Conseiller électoral Néhémy Joseph, avec raison, a critiqué les lourdeurs administratives qui ont empêché la disponibilité, dans le délai, des fonds pour imprimer les mandats, ce qui a provoqué la colère compréhensible des partis politiques. Une grande tension précédant la journée du vote a créé une panique qui a sans doute été préjudiciable au vote. Ces précédents ont à voir quant à l'abstention des votants qui anticipaient les désordres qui savent affecter le vote dans notre pays.

Il faut désormais que l'État haïtien récupère ses attributs d'ordonnateur des dépenses liées aux élections en se portant responsable devant les bailleurs et en étant disposé à la reddition de compte pour l'aide globale incluant l'aide directement liée aux élections. D'ailleurs, nous ne comprenons pas comment même la contrepartie haïtienne aux fonds dédiés aux élections soit versée au fonds fiduciaire géré par le PNUD au détriment du Ministère des Finances qui est l'organe approprié en matière de dépenses globales de l'État haïtien. A plus long terme, l'État haïtien, soit au moyen d'une nouvelle taxe, soit par d'autres moyens générés à l'interne, doit garantir la disponibilité des fonds disponibles dans le budget national chaque année électorale. C'est en assumant cette fonction de souveraineté que notre pays éloignera les étrangers du champ électoral haïtien et l'en sortira de leur néfaste influence et de décisions abracadabrantes non conformes avec les prescrits du système démocratique universel.

En matière de gouvernance politique et en ce qui concerne les élections en particulier, en plus de la Loi électorale, tous les partis politiques, les groupes, plateformes et candidats indépendants doivent souscrire à un pacte de comportement. Ils doivent s'engager à ne pas participer de près comme de loin à la violence en exigeant un CEP permanent totalement indépendant et impartial et en encourageant les missions d'observation électorale locales d'abord et internationale ensuite, à s'impliquer pour garantir la conformité du processus lors de la journée des élections. Ils doivent convenir que la Loi électorale agisse sans équivoque et sans parti pris contre tout parti ou candidat que les enquêtes ou les faits détermineront comme responsables des actes de violence.

Quant au parti au pouvoir au moment des élections, il doit donner la garantie de sa neutralité en évitant d'influencer les élections dans un sens ou dans l'autre, laissant le Conseil Électoral seul arbitre du processus. Le pouvoir doit publiquement appeler ses partisans et les organisations politiques alliées au calme et au respect du processus électoral en rappelant les dispositions de la Loi électorale et du pacte de comportement engageant toutes les parties.

Les élections du 9 août dernier nous ont montré nos limites et nos tares, nous devons agir, chacun en ce qui nous concerne pour contribuer à une ambiance électorale sereine pour que la période électorale devienne partie de notre routine et que notre société se libère des peurs inhérentes à  chaque perspective d'élections qui charrie son lot de menaces, au regard d'antécédents agités voire sanglants...

 

Quant aux irrégularités constatées le 9 août dernier, il faut les évaluer sereinement pour déterminer si elles affectent le caractère démocratique et libre du vote émis. Nous devons tout faire pour que des élections contestées ne viennent pas à nouveau empoisonner la vie de la nation et produise une nouvelle législature dont les élus sont dépourvus de légitimité.

Par Hérold Jean-François

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