Après que l’ambassadeur d’Allemagne accrédité en Haïti, M. Klaus Peter Schick ait scandalisé l’opinion publique par ses déclarations comme invité du jour le jeudi 2 octobre 2014 sur radio et télé Métropole, ce diplomate a récidivé dans la soirée du même jour, au cours de la réception donnée pour commémorer le vingt-cinquième anniversaire de l’unité allemande. Dans la matinée, répondant aux questions de Wendel Théodore, monsieur l’ambassadeur a exprimé sa « colère » quant à l’évolution de la situation politique nationale.

Après que l’ambassadeur d’Allemagne accrédité en Haïti, M. Klaus Peter Schick ait scandalisé l’opinion publique par ses déclarations comme invité du jour le jeudi 2 octobre 2014 sur radio et télé Métropole, ce diplomate a récidivé dans la soirée du même jour, au cours de la réception donnée pour commémorer le vingt-cinquième anniversaire de l’unité allemande. Dans la matinée, répondant aux questions de Wendel Théodore, monsieur l’ambassadeur a exprimé sa « colère » quant à l’évolution de la situation politique nationale. M. Peter Schick a avoué qu’il n’y comprend rien, mais il a laissé tomber toute réserve due à sa condition de diplomate pour s’exprimer sans aucune nuance sur la situation politique de notre pays.

L’ambassadeur d’Allemagne a émis des opinions scandaleuses sur la Parlement quand il avoue qu’il ne voyait aucun problème que le pouvoir Exécutif dirige le pays par décrets à partir du deuxième lundi de janvier 2015. Émettant un jugement de valeur, il a déclaré que considérant la manière dont notre Parlement fonctionne, deux ou trois mois sans Parlement n’était pas du tout un problème. Imaginez l’Allemagne fonctionnant sans parlement pendant vingt-quatre heures[1] ! Même dans la République de Weimar[2] qui consacrait en plus d’autres échecs, celui du parlementarisme, où l’Allemagne avait le profil actuel d’Haïti, un pays faible où le pouvoir Exécutif vacille et n’a pas la fermeté requise en laissant se développer des situations qui aboutiront à l’émergence du National Socialisme, et l’avènement d’Adolf Hitler comme Chancelier le 30 janvier 1933, il était inimaginable que la Bundestag soit dysfonctionnel. Depuis le 8 mai 1949, le conseil parlementaire a jeté en Allemagne, les bases d’un solide système de gouvernement parlementaire. La loi fondamentale attribue au Bundestag, le Parlement, des prérogatives et fonctions essentielles, le Parlement étant d’ailleurs, le seul organe constitutionnel directement élu par le peuple.

Comme nous sommes Haïti un petit pays où depuis quelque temps, surtout depuis l’aventure malheureuse du coup d’État du 30 septembre 1991, des proconsuls plénipotentiaires se sont substitués à l’État central, l’Exécutif  et les autres institutions, aucune dérogation, aucune situation anormale ne saurait déranger le désordre haïtien ambiant. L’international s’accommode du non respect des calendriers comme des échéances électorales. Mais où était monsieur l’ambassadeur d’Allemagne depuis ces trois dernières années ? M. Peter Schick est arrivé en poste depuis 2012. Il ne s’est pas inquiété du non respect par la présidence de l’organisation des élections.

Dans son intervention hier soir en sa résidence il n’a pas manqué de faire la propagande favorable aux réalisations et à la performance de l’équipe au pouvoir. C’est comme si l’on entendait parler le Ministre de la Communication du Gouvernement haïtien. « Un gouvernement qui a de si bon résultats et une volonté de changer les choses en Haïti et qui aurait dû recevoir l’appui de tout le monde pour réussir ». Ce sont là à peu près les propres paroles de Peter Schick. L’ambassadeur allemand est scandalisé par l’opposition à ce gouvernement et aux voix qui partent de différents secteurs pour réclamer la démission du Président. Nous sommes en dehors de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques adoptée le 18 avril 1961 et entrée en vigueur le 24 avril 1964 dont l’article 41 stipule et nous citons : « Sans préjudice de leurs privilèges et immunités, toutes les personnesqui bénéficient de ces privilèges et immunités ont le devoir derespecter les lois et règlements de l’Etat accréditaire. Elles ont égalementle devoir de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de cet Etat ».

Le plus grave dans les déclarations de l’ambassadeur d’Allemagne ce jeudi soir en sa résidence, c’est qu’il n’a même pas tenu compte de la présence à ses côtés pendant son discours, du Président du Sénat qui l’accompagnait, en plus du Secrétaire d’État aux Affaires Étrangères. Il n’a eu aucun respect pour l’institution parlementaire, pourquoi devait-il en avoir pour ses représentants ?

Les déclarations de l’ambassadeur Peter Schick ont scandalisé une partie de ses invités qui ne pouvaient croire leurs oreilles. Pour marquer notre désapprobation et notre indignation face au non respect de ce devoir de réserve face à un diplomate qui a violé toutes les normes de sa fonction de représentant neutre d’un État étranger, nous avons laissé la résidence de l’Ambassade d’Allemagne pendant que l’ambassadeur prononçait encore son discours. Malheureusement, d’autres personnes concernées n’ont pas senti la nécessité de faire pareil face à ce camouflet. Le 5 décembre 2003, après que les hordes lavalassiennes eurent envahi deux Facultés de l’Université d’État d’Haïti, une dame indignée nous a dit au téléphone, son désappointement quant à l’incapacité des haïtiennes et des Haïtiens à s’indigner. Nous en avons eu une nouvelle illustration hier soir en la résidence de l’Ambassade d’Allemagne où après que l’ambassadeur ait franchi le pas en s’immisçant grossièrement dans nos affaires, la plupart de ceux qui sont restés ont trinqué et mangé avec lui, sans aucune honte.

Malheureusement nous sommes à l’ère de la perte de dignité et de souveraineté, où les diplomates n’ont aucun souci à se faire quant aux réactions d’un État capable de les déclarer persona non grata, comme cela se faisait à une autre époque. De toute façon dans le cas d’espèce l’ambassadeur Peter Schick prenant position en faveur du pouvoir Martelly, recevra plutôt des roses qu’une convocation en bonne et due forme du Ministère des Affaires Étrangères pour le sermonner ! Autre temps, autres mœurs…

La presse haïtienne, dans une large mesure, est responsable de l’alimentation de l’ingérence des diplomates étrangers en Haïti. Il est grand temps que les journalistes comprennent qu’ils n’ont pas à susciter cette ingérence en posant aux ambassadeurs accrédités en Haïti, des questions sur notre politique intérieure. A chaque fois, des confrères ne comprenant pas leur rôle et la nécessité d’isoler les étrangers dans le déroulement de la vie de la nation, commettent la faute d’interroger les diplomates accrédités ou de passage, les envoyés spéciaux et autres, sur l’actualité nationale. Et quand l’initiative d’offrir une déclaration émane directement d’un diplomate étranger, les confrères n’attirent pas son attention sur le fait de l’ingérence qu’il vient de commettre. Et tout le monde trouve normale cette détestable situation et tous les jours, les grands titres de l’actualité offrent des déclarations de diplomates étrangers en poste dans le pays qui apprécient dans un sens comme dans l’autre les faits de notre actualité.

 

3 octobre 2014

Ce texte éditorial a été lu sur Radio IBO ce 3 octobre 2014 à l’émission Questions-Réponses.

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