Mirlande MANIGAT, Secrétaire Générale du RDNP

En cette fin d’année, ce n’est pas avec un cœur léger que je m’adresse à vous, mes concitoyens des dix départements, 142 communes, 565 sections communales, des plus de 12.000 habitations, et aussi à ceux qui vivent dans différents pays du monde, nos compatriotes de l’extérieur.

Tous, nous avons pris l’habitude, chaque 31 décembre à minuit, de nous souhaiter "la bonne année", avec l’espoir que l’année qui s’en vient sera meilleure que celle  dont nous saluons le terme avec soulagement, comme on se débarrasse d’un poids gênant.

Mirlande MANIGAT, Secrétaire Générale du RDNPAdresse à la nation

En cette fin d’année, ce n’est pas avec un cœur léger que je m’adresse à vous, mes concitoyens des dix départements, 142 communes, 565 sections communales, des plus de 12.000 habitations, et aussi à ceux qui vivent dans différents pays du monde, nos compatriotes de l’extérieur.

Tous, nous avons pris l’habitude, chaque 31 décembre à minuit, de nous souhaiter "la bonne année", avec l’espoir que l’année qui s’en vient sera meilleure que celle  dont nous saluons le terme avec soulagement, comme on se débarrasse d’un poids gênant. L’expérience devrait pourtant nous inciter à la prudence dans l’anticipation des bienfaits futurs car, dans bien des cas, collectifs ou personnels, ce qui nous attend ce ne sont pas des satisfactions mais plutôt des désillusions. En cette nuit du 31 décembre 2013, nous céderons encore, vous comme moi, à la tradition, une manière d’exorciser le sort. Et nous dirons à nos proches, à ceux qui nous sont chers, à la nation, "Bonne Année, Santé, Bonheur, Prospérité".Faire le bilan d’une année, à deux jours de son terme, revient à mettre en parallèle non nos espérances qui sont toujours abondantes, parfois même déraisonnables, mais d’un côté ce qui aurait dû se faire, qui aurait pu se faire et de l’autre, ce qui a été réalisé concrètement, en d’autres termes, les engagements et les possibilités face aux manquements et aux dérives. Je mets en accusation les promoteurs des fameux 5 E qui ont fait miroiter aux yeux d’une partie de la population, de miraculeux bienfaits.

 

Éducation ? Qui peut dire combien d’enfants sont scolarisés avec le programme PSUGO, combien de maitres sont réellement formés, d’écoles construites, tout cela avec l’argent illégalement perçu des retenues sur les transferts de 2 Milliards de dollars annuels que nos compatriotes envoient à leurs proches ? Il s’agit d’une triple escroquerie dans les faits, sur la bonne foi et par l’impunité dont jouissent ceux qui ont concocté ce détournement juteux.

Emploi ? Où sont les 400.000 ? Il suffit de constater, avec tristesse, combien de jeunes et de moins jeunes déambulent dans les rues ou jouent au domino sur les galeries, aux heures normalement destinées au travail, pour se rendre compte de l’importance du chômage qui saute aux yeux, une inactivité improductive et aussi chargée de risques, exposée à la tentation de l’argent facile et de toutes les formes de la délinquance juvénile.

Environnement ? Les villes sont toujours sales, la coupe de bois s’est intensifiée et la moindre averse transforme la capitale en bourbier. Et le pays connait une désertification inquiétante.

Énergie ? Voyons, c’est un programme "novateur et vigoureux" que celui qui consiste à installer quelques lampadaires dans une ou deux artères alors que leur survie technique est de moins de 3 ans. Pendant ce temps, les usagers vivent de longues coupures et l’EDH est incapable, même avec l’apport onéreux de trois compagnies privées, de réaliser l’engagement…..n’était-ce pas le courant 24 heures sur 24? ….Quand? En juillet 2013…..

 

Etat de droit ? Dans notre pays, l’Etat rend  le droit captif de diverses manières : une Constitution amendée dans des conditions inacceptables, ce qui explique que la nation ne sait pas quelle est la Charte en  vigueur; refus de promulguer la nomination régulière des membres de  la Cour Supérieure des Comptes et du Contentieux Administratif, ce qui paralyse  le contrôle financier du pays; attaques contre la presse, fermeture abusive de stations de province, en contradiction avec la liberté d’expression; arrestations politiques illégales et détentions prolongées; véritable vendetta contre des avocats et volonté d’asservissement de la Justice (9 Commissaires du Gouvernement en 2 ans); non respect de l’indépendance des pouvoirs, en particulier le Pouvoir Législatif; arrogance des détenteurs du pouvoir dont leur chef cède volontiers à l’insulte, à la grivoiserie et aux menaces contre quiconque s’oppose à ses penchants vers une dictature "moitrinaire" non déguisée. Demeure comme une lèpre qui colle à la dignité humaine l’image odieuse de ce Député agenouillé aux pieds de son maitre, attitude qui rappelle des gestes d’asservissement humiliant d’un autre âge et qui couvrent de honte aussi bien le féal prosterné que le "seigneur" de carnaval qui reçoit ce singulier hommage.

En réalité, il manque un mot à cette litanie d’Es et qui les envelopperait toutes : c’est ECHEC.

Il est toujours facile d’aligner les petits pas, et nul ne saurait blâmer les bénéficiaires de petits programmes, tant est grande la misère, tant est aussi grande la capacité de résilience de la population qui ne réclame pas toujours et se contente de ce qu’on lui donne comme une manne du ciel. Jusqu’à ce qu’elle réalise que ce ne sont que des miettes tombées de la table des nantis qui renforcent un assistanat complaisamment entretenu par une minorité jouisseuse et prédatrice, et qu’enfin elle se mobilise pour affirmer ses droits fondamentaux. A l’heure actuelle, ces droits proclamés par la Constitution ne sont à la portée que d’une minorité et la majorité croupit encore dans la misère (40% de la population vit avec moins de 40 gourdes par jour), l’ignorance (encore et toujours près de 50% d’analphabètes), l’accès précaire aux soins de santé, à l’eau, à un logement décent, à l’électricité, aux loisirs, à tout ce qui fait que l’être peut se sentir humain et libre.

Sur le plan politique, nous assistons non seulement à un piétinement, mais à un enlisement de la gestion gouvernementale par des hommes plus préoccupés à faire de  l’argent, à se vautrer dans les avantages du pouvoir, de ses délices et de ses pompes lesquels ne peuvent satisfaire que les médiocres qui jouissent, avec ivresse, de ces véhicules tout terrain, de l’accompagnement policier abusif, des violations du code de la route, alors que gouverner signifie prendre à bras le corps les problèmes, les identifier et leur trouver des solutions adéquates. On n’en veut pour preuve la lamentable gestion par le Gouvernement des conséquences de l’Arrêt du Tribunal Constitutionnel dominicain concernant la privation de  leur nationalité à des centaines de dominicains d’origine étrangère, surtout haitienne, et cela depuis 1929. Il laisse à la communauté internationale le soin de souligner qu’il ne s’agit pas d’une question politique mais d’un cas de déni de sa propre Constitution et des engagements internationaux souscrits par l’Etat dominicain et qui l’obligent. Il y a en Haiti d’éminents juristes qui auraient pu l’orienter vers une approche plus efficace, mais, cédant à des impulsions qui soulignent ses insuffisances et à son goût de l’informel là où il faudrait faire preuve de professionnalisme et de fermeté, il s’est laissé convaincre par des conseillers haitiens et étrangers qui ne nous veulent pas toujours du bien qu’une négociation bilatérale suffirait. Il y a de fortes chances, hélas, que l’affaire sera enfouie sous un kase fèy, kouvri sa et la nation se retrouvera alourdie de honte et d’impuissance car, dans ce cas comme dans d’autres, à l’origine de son infortune, on n’aura pas fait le bon choix pour elle.

Je dois ajouter comme je l’ai fait récemment, que j’ai honte et que je proteste contre la passivité d’une partie de la population devant ce drame qui affecte des compatriotes et je me demande encore pourquoi. Est-ce parce qu’ils sont pauvres, humbles, analphabètes, damnés dans leur propre patrie que nous les regardons avec indifférence, certains même avec agacement, comme s’ils venaient troubler notre quiétude, chatouiller les tièdes replis de notre conscience qui portent à se voiler la face, bouleverser des habitudes confortables de séjour là bas pour certains et, pour d’autres, de bonnes affaires commerciales ? J’en appelle au ressaisissement citoyen pour que nous n’attendions pas une conduite officielle digne de ce nom pour épauler ceux qui ici en Haiti, dans la diaspora, en République dominicaine, dans la Caraibe, en Amérique Latine et ailleurs, luttent avec constance et détermination, pour que cette fameuse Sentencia 168-13 ne soit pas appliquée, mais un résultat à obtenir par le biais d’une décision de nature juridique et non consensuelle afin de ne pas condamner les citoyens dominicains intéressés à conserver cette épée qui pourrait etre utilisée à n’importe quel moment dans le futur.

L’année 2013 a vu se manifester et s’organiser une résistance politique concertée pour dire NON et pour réclamer le départ de l’équipe actuelle. Les hommes et les femmes qui se mobilisent pacifiquement ne sont pas des naïfs ni des obsédés. Ils connaissent la valeur et l’efficacité de la lucidité pour mesurer les rapports de force et pour tester le degré de murissement de l’impatience de la population pour une mobilisation nationale en vue d’obtenir un changement radical dans notre pays. De partout viennent des indices de la réceptivité de notre combat et des échos favorables rencontrés. Ce n’est qu’une question de temps et le temps joue en faveur de l’opposition.

 

L’année 2014 est chargée de virtualités problématiques : rentrée parlementaire le 15 janvier; moment prévu par la Constitution pour engager le processus de révision partielle ou totale de la Charte Fondamentale (du 2ème  lundi de juin au 2ème lundi de septembre), soit la dernière session de la 49ème Législature qui marquera aussi la fin de celle-ci, entrainant l’obligation d’organiser des élections pour le renouvellement total de la Chambre des Députés; fin du mandat de 10 Sénateurs, ce qui pose la nécessité d’élections pour les deux-tiers du Sénat toujours en octobre. Et il est bon de souligner l’articulation entre ces évènements : si ces élections ne sont pas réalisées, il n’y aura pas d’Assemblée Nationale, à partir de janvier 2015 assumer les  fonctions parlementaires, à savoir, légiférer sur des sujets d’intérêt public, contrôler l’action gouvernementale, ni pour entériner d’éventuels amendements constitutionnels, ni pour assurer la continuité du Parlement qui sombrera dans une caducité institutionnelle. Mais déjà il convient de mettre en garde : les espoirs dans ce sens sont irresponsables et fallacieux et la nation n’acceptera aucune combine visant à instaurer une dictature plus formelle.

En d’autres termes, ce sera une année de changements. Elle soulignera la nécessité d’harmoniser, enfin, le temps constitutionnel et le temps électoral. Elle mettra aussi en évidence une autre nécessité, celle d’un changement radical impliquant le renouvellement de tous les pouvoirs de l’Etat, exécutif et parlementaire, et aussi les Collectivités territoriales.

 

Chers compatriotes, le 31 décembre à minuit, pensons à tout cela, sereinement mais avec sérieux et détermination.

 

L’optimisme est un choix : l’avenir sera ce que nous voulons qu’il soit.

 

Mirlande MANIGAT
Secrétaire Générale du RDNP
Port-au-Prince, le 30 décembre 2013

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