Donald Trump, Président-élu des Etats-Unis (Saul Loeb, AFP)

Le nouveau président des États-Unis, Donald Trump, multiplie les annonces et les commentaires à caractère diplomatiques sur Twitter depuis son élection donnant cette impression qu'il n'existe aucun sujet qui ne puisse être traité en 140 caractères. “Je n’arrive pas à suivre le flot de ses tweets”. Même James Woolsey, un ancien directeur de la CIA devenu l’un des plus proches conseillers de Donald Trump sur les questions de sécurité nationale, a reconnu, le 18 décembre, être dépassé par la diplomatie du tweet menée par le président élu.

Le futur locataire de la Maison Blanche avait pourtant assuré qu’il saurait modérer ses ardeurs sur Twitter une fois élu. Raté ! Depuis sa victoire, il donne l’impression de vouloir gérer la situation au Moyen-Orient, la politique nucléaire américaine ou encore les relations avec la Chine et Cuba en 140 caractères. Des tweets qui, manque de place oblige, laissent souvent le champ libre à l’interprétation. Démonstration.

Donald Trump et le tweet nucléaire. Le nouveau président va-t-il se lancer dans une course aux armements nucléaires ? Il a affirmé sur Twitter, le 22 décembre, que “les États-Unis doivent grandement renforcer et développer leurs capacités nucléaires tant que le monde n’aura pas retrouvé sa raison en matière nucléaire”. Une déclaration qui est intervenue quelques heures après que le président russe, Vladimir Poutine, a affirmé que son pays allait mettre à niveau sa capacité de dissuasion nucléaire en 2017.

Mais ce tweet est plus obscur qu’il n’y paraît. Le New York Times a disséqué chaque terme de la déclaration de Donald Trump, démontrant à quel point sa phrase était ambigüe. Que signifie, en effet, “renforcer et développer” ? Il peut s’agir d’augmenter le nombre de bombes ou plutôt de moderniser l’arsenal existant. Le nouveau président peut vouloir renforcer la présence nucléaire à proximité d’autres puissances nucléaires comme la Russie ou accroître le budget alloué à la recherche dans ce domaine.

Même dilemme pour le passage “tant que le monde n’aura pas retrouvé la raison”. Le monde est vaste et Donald Trump n’a pas jugé utile de préciser s’il visait uniquement les pays qui ont déjà l’arme atomique ou aussi ceux – y compris l’Iran – qui voudraient s’en emparer. L’expression “retrouver la raison” implique que certains l’auraient perdu et qu’il faudrait appuyer sur le frein nucléaire. Difficile cependant de penser qu’il s’agit d’un appel à la modération car la première partie du tweet – “renforcer et développer les capacités nucléaires” – indique que les États-Unis sous Donald Trump ne sont pas prêts à donner l’exemple, note le New York Times.

Donald Trump - Netanyahou vs l’ONU - Barack Obama. Donald Trump n’a pas digéré le vote de la résolution à l’ONU, le 22 décembre, condamnant la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens. Il s’est donc tourné vers Twitter pour y exprimer son mécontentement et promettre qu’avec lui, “après le 20 janvier [date de son entrée en fonction, NDLR], les choses vont changer à l’ONU”. L’adoption de la résolution “va rendre les négociations de paix [entre Israéliens et Palestiniens, NDLR] beaucoup plus compliquées”, a regretté Donald Trump avant de fanfaronner : “mais on va le faire quand même”.

Là encore, difficile d’en savoir plus sur ce que Donald Trump entend par “changer les choses à l’ONU” ou sur son plan pour ramener la paix entre Israéliens et Palestiniens. Mais pour les commentateurs, l’essentiel est ailleurs : pour la première fois de l’histoire politique américaine, un président élu, mais qui n’est pas encore entrée en fonction, prend le contrepied de celui qui est encore en exercice sur des questions aussi sensibles que le dossier israélo-palestinien. C’est, en effet, grâce à l’abstention des États-Unis à l’ONU que la résolution a pu être adoptée. Jusqu’à présent, la règle tacite voulait que pendant la période de transition, les deux têtes de l’exécutif américain parlent d’une même voix.

Donald Trump menace Cuba. De l’art de saboter en 140 caractères près de deux ans d’efforts pour arriver à des relations diplomatiques apaisées entre les États-Unis et Cuba. Le 28 novembre, trois jours après la mort de Fidel Castro, Donald Trump a affirmé sur Twitter que si “Cuba ne veut pas mettre sur la table un accord plus favorable aux Cubains, aux Américains d’origine cubaine et aux États-Unis, je mettrais un terme à l’accord”.

Le nouveau président semble donc disposé à revenir sur l'entreprise de dégel entamée par Barack Obama depuis fin 2014 si les autorités cubaines ne font pas davantage d’efforts. Mais ce tweet ne déroge pas à la règle du flou "trumpien" quand il s’agit de diplomatie en 140 caractères. Son principal défaut est qu’il n’y a pas d’accord entre les États-Unis et Cuba à annuler. Il y a eu des initiatives de part et d’autre, comme la libération de prisonniers politiques ou l’ouverture d’une ambassade américaine à La Havane. Mais les termes de la normalisation commerciale et diplomatique sont encore en négociations. Cuba pourrait promettre une plus grande liberté d’expression ou de religion, deux revendications des républicains qui s’opposent à la normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis. “Mais il y a très peu de chance que Raul Castro réagisse positivement à ce tweet hostile au moment où il pleure son frère”, note le magazine New Yorker.

Donald Trump et le drone en mer de Chine. Après la conversation téléphonique controversée avec la présidente taïwanaise Tsai Ing-wen, Donald Trump démontre une fois encore que quand il s'agit de la Chine, il ne recule devant aucune provocation. Sur Twitter, il a traité Pékin de “voleur” de drone naval le 17 décembre. La Chine avait capturé une sonde américaine de recherche dans les eaux très disputées de la mer de Chine méridionale deux jours plus tôt.

Mais au moment de la publication de ce tweet pour condamner un “acte sans précédent”, l’administration Obama avait déjà obtenu des autorités chinoises le retour du drone, raconte le Huffington Post. Qu’importe pour Donald Trump et son équipe de transition. Jason Miller, son directeur de la communication, a ainsi affirmé sur Twitter que la récupération de l’engin était à mettre au crédit de Donald Trump et son activisme sur le fameux réseau de microblogging.

Reste à savoir si une fois à la Maison Blanche et à la tête du compte twitter officiel du président des États-Unis, Donald Trump persistera dans sa stratégie diplomatique faite de tweets. L'enjeu n'est pas anodin, explique le site Politico : pour défendre les intérets des États-Unis sans créer des crises diplomatiques, les émissaires américains du monde entier ont besoin d'éléments de langage précis et mûrement réfléchis au sommet de l'État. Des impératifs souvent difficiles à respecter en 140 caractères.
 

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