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Ma chronique de la semaine dernière intitulée « Mythes et mensonges autour de l’absence du verbe français  être en kreyòl » a soulevé un débat qui me laisse incrédule. Je ne m’attendais nullement à ce qu’elle prenne la tournure qu’elle a prise. D’une réflexion linguistique telle que je l’ai comprise sur le statut de la copule française « être » en créole haïtien, mon texte a donné lieu, sous le clavier des internautes, à une discussion passionnée, à la limite de la violence, sur la meilleure façon de traduire l’affirmation célèbre « je pense, donc je suis » du philosophe français, René Descartes.

Ma chronique de la semaine dernière intitulée « Mythes et mensonges autour de l’absence du verbe français  être en kreyòl » a soulevé un débat qui me laisse incrédule. Je ne m’attendais nullement à ce qu’elle prenne la tournure qu’elle a prise. D’une réflexion linguistique telle que je l’ai comprise sur le statut de la copule française « être » en créole haïtien, mon texte a donné lieu, sous le clavier des internautes, à une discussion passionnée, à la limite de la violence, sur la meilleure façon de traduire l’affirmation célèbre « je pense, donc je suis » du philosophe français, René Descartes.

Ce qui n’était absolument pas mon intention. L’un de ces internautes s’est montré particulièrement ironique à l’endroit de ceux qui réfléchissent sur le créole en attaquant le « sans-cœur » ou le « sans-gêne », d’après lui, de ceux qu’il  appelle les «créologiens » coupables de discuter de choses inutiles alors que des centaines de milliers d’Haïtiens au pays croupissent sous des tentes précaires, que des femmes et des jeunes filles sont violées à longueur de journée et qu’il n’y pas d’issue en vue pour ces pauvres parmi les plus pauvres. Ce même internaute en a profité pour revenir à la charge une fois de plus contre ceux qu’il appelle « ces  intellectuels » que Sweet Micky a insultés « jusqu’au croupion » en gagnant les élections au nez et à la barbe de « cette élite de pédants et de farceurs ». Malgré mon aversion à m’engager dans des discussions autres que des débats d’idées avec des compatriotes sur les forums, j’ai dû offrir une réponse somme toute mesurée à cet internaute qui est, soit dit en passant, toujours prêt à m’attaquer.

Pourquoi serait-il inconvenant d’écrire sur le kreyòl sous prétexte que des milliers de compatriotes vivent dans des conditions extrêmement difficiles au pays ? Y-a-t-il vraiment des gens qui croient que ne pas écrire sur le kreyòl contribuerait à soulager nos compatriotes en Haïti qui croupissent sous les tentes ? Que font ces gens eux-mêmes qui nous critiquent pour soulager ces centaines de milliers de nos compatriotes au pays? Et pourquoi c’est justement le kreyòl qui est choisi comme matière à critiquer sous ce prétexte fallacieux ? Pourquoi pas la musique haïtienne, le carnaval haïtien, toute activité intellectuelle haïtienne… ? En fait, ce n’est pas la première fois que ce prétexte fallacieux est avancé sur les forums pour empêcher de discuter du kreyòl. Il y a décidément un refus clair et net de certains Haïtiens à discuter sur la langue créole. Pour ces gens, discuter sur la langue créole demeure une perte de temps. Ma position est bien sûr tout à fait le contraire.  

Tout d’abord, en tant que linguiste natif, mon rôle est d’expliquer en quoi la question des langues en Haïti est une question fondamentale qui doit être posée dans la société haïtienne. Je renvoie ici mes lecteurs au texte de base que j’ai publié sur cette question et qui s’intitule « Le rôle du linguiste natif dans les sociétés créolophones » paru sur Haitian Times et sur ces forums haïtiens de discussion. Donc, la question des langues en Haïti est liée à des questions éducatives, sociales, culturelles, politiques.

Dans le domaine éducatif, je défends l’idée de base que la langue créole haïtienne doit être l’outil d’enseignement dans les écoles primaires. Mon raisonnement est le suivant : la langue première de tous les locuteurs haïtiens nés et élevés en Haïti, baignant dans une culture totalement haïtienne, demeure le kreyòl. C’est dans cette langue que l’enfant haïtien en Haïti développe l’appareillage cognitif et linguistique inné qui lui permet d’acquérir sa première langue. L’école haïtienne doit utiliser cette première langue que les locuteurs haïtiens ont acquise dès l’âge de 3 ou 4 ans. Autrement, c’est une injustice et un gaspillage sans pareils. Le français n’est pas cette première langue.

Les jeunes locuteurs doivent l’apprendre en tant que langue étrangère même si chez certains enfants haïtiens (une minorité), cette dernière langue peut jouer le rôle de seconde langue. Tant que l’état haïtien et les autorités éducatives haïtiennes continueront à poursuivre la même politique éducative qui a cours depuis des dizaines et des dizaines de décennies où le français est enseigné en tant que langue maternelle, l’échec de l’apprentissage du français en Haïti restera une évidence désastreuse et, pire, l’acquisition du savoir, des connaissances, de la réflexion critique, de l’appréhension intelligente des problèmes de notre milieu demeurera au minimum. Je répète une fois de plus que le français ne doit en aucune manière disparaitre du répertoire et du système éducatif haïtiens. En aucun cas, je ne suis contre le français et la culture française en Haïti. Je renvoie  aux très nombreux articles que j’ai écrits  sur ce sujet.

Dans le domaine social, la question des langues en Haïti à travers ses manifestations idéologiques et sociolinguistiques telles qu’elles sont perçues dans la société haïtienne, c’est-à-dire le français, langue socialement dominante, et le créole, langue de seconde zone, réservée aux démunis des classes populaires et paysannes, restera une source de conflit permanent. Le rôle de l’état haïtien et des autorités compétentes haïtiennes est de rehausser la place et le prestige du kreyòl dans la société haïtienne et, dans le même temps, de mettre sur pied des structures économiques et sociales qui puissent aider les unilingues créoles haïtiens en rehaussant leur niveau de vie, en leur facilitant une certaine mobilité sociale et en faisant la promotion de la langue parlée par tous les Haïtiens.

En plus d’être un fait social, le kreyòl est un fait culturel. C’est la langue dans laquelle les diverses manifestations de notre culture se sont toujours exprimées depuis que nos ancêtres ont été transplantés du continent africain et que leurs descendants nous ont laissé un héritage culturel profondément original à base de contes, de proverbes, de danses, de coutumes, de pratiques religieuses, médicales, culinaires. L’état haïtien et les autorités compétentes haïtiennes doivent revaloriser et revivifier cet héritage culturel qui fait de nous ce peuple si original de la Caraïbe.

Dans le domaine politique,  le kreyòl a pénétré depuis quelque temps dans tous les domaines formels jusque-là réservés au seul français. La politique est devenue le lieu d’expression par excellence de la langue créole depuis au moins 1986. Cette situation doit se renforcer car tous les locuteurs unilingues doivent être en mesure de comprendre les discours du Chef de l’état et de tout personnage politique qui prétend prendre la parole en leur nom.

Sur un plan plus technique, plus « linguistique », la faculté de langage et son corollaire, la langue, représentent peut-être le trait le plus évident qui distingue les êtres humains des autres animaux. Pourquoi alors refuser de parler du kreyòl qui demeure notre première langue, notre marque identitaire la plus profonde. Ceux qui ne veulent pas admettre cette vérité suprême ne font que se mentir à eux-mêmes.

Finalement, trop d’Haïtiens sont prêts à rejeter d’un revers de main toute mention de kreyòl. Il est temps que cela cesse. Beaucoup de mes compatriotes qui interviennent sur nos forums ne veulent discuter que d’une seule chose : la politique politicienne telle qu’elle se fait en Haïti. Personnellement, je veux bien que l’on discute de politique haïtienne, mais de grâce, élevons le débat. Il ne sert à rien de vilipender jour et nuit les différends chefs d’état haïtiens qui se sont succédé au pouvoir depuis 1991. On doit faire des critiques sérieuses de leurs faiblesses, de leur incompétence ou de leur perversité. Mais ne restons pas enfermés dans ce tunnel où on se livre à des attaques ad hominem sur un tel ou un tel parce qu’il ne correspond pas à ce que nous défendons. Dans l’émigration où la plupart d’entre nous vivent, nous ne pouvons pas, tout autant que le pouvoir haïtien veut nous exclure directement de ce qui se fait en Haïti, changer ce qui se fait au pays. Essayons au moins de réfléchir intelligemment sur ce qui  pourra se faire en Haïti quand le moment sera venu.

Contacter Hugues St. Fort à : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.     

                                          


 

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