Contrairement à Michel Martelly qui avait bénéficié des largesses de la communauté internationale et de la manne des fonds PetroCaribe, Jovenel Moïse, qui devra prêter serment dans un mois n’aura pas toutes ces marges de manœuvre pour mettre à exécution ses promesses. Il aura les mains liées, de l’avis de Kesner Pharel et de Thomas Lalime qui participaient ce jeudi à l’émission Panel Magik sur les ondes de Radio Magik 9. Les économistes, qui ont dressé un inquiétant diagnostic sur la réalité économique du pays, ont voulu présenter au 58e président d’Haïti la difficile tâche qui l’attend et le ramener sur terre.

Alors que le budget pour l’exercice fiscal est estimé à 122 milliards de gourdes, soit moins de deux milliards de dollars, les dégâts enregistrés lors du passage de l’ouragan Matthew sont chiffrés à 2.8 milliards de dollars, avance l’économiste Kesner Pharel avant de souligner que les recettes domestiques collectées en vue du financement de notre budget n’ont jamais dépassé la barre de 1.5 milliard de dollars. L’économiste fait remarquer que les dons internationaux et les fonds PetroCaribe sur lesquels ont toujours compté les précédents gouvernements sont en train d’être réduits à une peau de chagrin. « Les dons qui ont toujours complété le financement du budget sont passés en dessous des 500 millions de gourdes cette année. Cette chute va se poursuivre encore», prévient Kesner Pharel, qui a aligné des révélations non réjouissantes pour la prochaine administration. Le PetroCaribe qui générait pendant les trois dernières années 20 milliards de gourdes, a-t-il poursuivi, n’a fourni cette année que moins de cinq milliards de gourdes.

A côté des fonds externes devant servir à financer le budget de la République qui ne cessent de diminuer, l’État subventionne à hauteur de 88 gourdes chaque gallon d’essence consommé. L’État devra arrêter la subvention, selon Kesner Pharel, qui ne feint pas d’ignorer qu’il s’agit-là d’un « dossier extrêmement sensible». Précisant que les principaux bénéficiaires de la subvention des produits pétroliers ne sont pas les plus pauvres, l’économiste estime que le maintien d’une telle décision empêchera l’État d’utiliser les recettes collectées pour le financement de ses projets.

 Le gouvernement aura les mains liées faute de moyens financiers, enchaîne Thomas Lalime, rappelant qu’en raison de l’annulation de la dette d’Haïti par les institutions financières internationales, le pays ne peut plus avoir accès aux prêts auprès de ces institutions. Il estime parallèlement que dans les conditions actuelles, il est difficile de penser à augmenter le niveau de taxation. Les gens ne doivent pas s’attendre à ce que le président fasse tout, il ne croit pas non plus que cela devrait dédouaner le chef de l’État qui avait pris des engagements envers la population.

L’un des rares éléments qui peuvent jouer en faveur de la prochaine administration, selon l’économiste, repose sur la crédibilité de son entourage. « Il n’y a que notre crédibilité qui puisse nous aider à trouver des fonds au niveau bilatéral», a-t-il ajouté. Cette crédibilité, explique Thomas Lalime, dépendra des gens qu’il aura à mettre autour de lui et de la suite qu’il donnera au rapport de la commission Ethique et Anticorruption sur la gestion des fonds PetroCaribe. Ce rapport de la commission de Youri Latortue qui a été envoyé au garage au Sénat avait épinglé plusieurs anciens ministres sous Martelly.

Kesner Pharel et Thomas Lalime demandent à Jovenel Moïse d’envoyer des signaux clairs en vue de « combattre la corruption». Kesner Pharel pense que le président devra commencer par présenter un rapport détaillé sur les dons reçus lors de sa campagne électorale et la façon dont ces dons ont été dépensés.

Les deux économistes estiment aussi que le refus par Jude Célestin, de Moise Jean Charles et de Maryse Narcisse d’accepter les résultats va constituer une écharpe aux pieds de Jovenel Moise. « Les manifestations en lien avec les résultats non acceptés pourraient avoir le même effet que les catastrophes naturelles», estime Thomas Lalime soulignant l'importance de la stabilité politique pour le progrès économique. Pour Kesner Pharel, « l’économie ne pourra pas être relancée si on n'arrive pas à mettre tout le monde autour d’une table».

Danio Darius

Source: Le Nouvelliste

 

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