Vue partielle du site de la FILHA. | Photo : Dave Vernet (Le National)

Nouveau plaidoyer pour l’utilisation optimale du Créole dans l’enseignement en Haïti   
P-au-P, 12 déc. 2016 [AlterPresse] ---- La 4e édition de la Foire internationale du livre d’Haïti (Filha 2016), déroulée du vendredi 9 au dimanche 11 décembre 2016, à Delmas (municipalité au nord-est de la capitale), a été une réussite, selon les témoignages recueillis par AlterPresse.
Réalisée autour du thème : « Je lis, je grandis », cette foire a réuni une centaine d’écrivains, des visiteuses et visiteurs, amantes et amants du livre, dont de jeunes écolières et écoliers, pour la plupart, au Palais municipal de Delmas, à Port-au-Prince.

« C’est une activité culturelle d’importance et de qualité, qui promeut le livre dans le milieu scolaire. Cette édition est une réussite. D’année en année, cette foire, encore très jeune, gagne en envergure. Je suis certain qu’elle va continuer à grandir », applaudit l’invité d’honneur de la Filha, l’écrivain Gary Victor, interrogé par AlterPresse.

Des prix rabattus ont été offerts à l’occasion de la Filha 2016, pour faciliter la participation des jeunes à cette foire, se réjouit le romancier Gary Victor, qui encourage les auteurs à travailler avec les jeunes et à les encadrer, en leur donnant des livres à lire.

Cet encadrement des jeunes facilitera, dit-il, la découverte de nouveaux talents, qui permettront à la littérature haïtienne de continuer sur sa lancée.

« Je travaille beaucoup avec les jeunes. Nous lançons, ce mois-ci, le quatrième concours de nouvelles. Nous découvrons régulièrement des talents », fait-il savoir.

Gary Victor déplore le manque d’intérêt des autorités étatiques, à l’endroit de la culture, qui représente, dit-il, le seul domaine, dans lequel Haïti est « performante et compétitive ».

Soulignant le peu d’implication de l’État dans le domaine culturel », il appelle à s’investir dans la création culturelle, en général, notamment la production du livre en le subventionnant, ainsi que dans le renforcement des écoles d’art dans le pays.

Il faut travailler pour avoir un secteur culturel « plus performant », estime Victor, mettant en garde contre toutes actions populistes.

60 % de rabais ont été offerts, sur tous les titres disponibles, par la Direction nationale du livre (Dnl), initiatrice de la Filha.

Beaucoup d’élèves, d’étudiantes et d’étudiants ont fait le déplacement pour venir acheter leurs livres favoris, parce que ces derniers ont été subventionnés, constate la lectrice Kétia Elma, qui s’est également procuré son ouvrage préféré Yon lekòl tèt anba nan yon peyi tèt anba du linguiste Yves Déjean.

« C’est une très bonne expérience. Je suis ravi de voir l’engouement des gens pour les livres, surtout les jeunes », exprime, pour sa part, Marc-Arthur Pierre-Louis, auteur de l’essai « Paracréolistique », interviewé par AlterPresse à la foire.

La « Paracréolistique » constitue une technique, qui préconise l’utilisation, à la fois, du Français et du Créole, et encourage les gens, notamment des Haïtiennes et Haïtiens scolarisés en Français, à lire et à écrire en Créole, explique-t-il.

« Durant ma génération, on nous avait interdits de parler le Créole à l’école. Les gens de ma génération ne lisent pas, ni n’écrivent le Créole, quoi qu’ils le parlent bien. Ce livre est écrit pour ces gens, qui produisent de très beaux textes dans d’autres langues, mais pas en Créole ».

L’essai « Paracréolistique » présente également une analyse de la situation des langues en Haïti, notamment de l’échec du Français.

« 10 % d’Haïtiens parlent véritablement le Français, alors que la majorité ne le parle pas. Nous n’avons pas réussi à faire du Français la langue du peuple », critique-t-il.

« Nous avons perdu de grands génies à cause du Français. Nous ne sommes pas ennemis du Français. Cependant, nous sommes des Créolistes et des Créoles, qui veulent privilégier le Créole par rapport au Français ».

Marc-Arthur Pierre-Louis, qui dit plaider pour l’enseignement du Français comme une langue seconde, appelle à l’utilisation optimale du Créole dans l’enseignement, en vue de donner plus d’assise aux étudiantes et étudiants parce que, selon lui, ces derniers comprennent mieux les notions, quand elles sont expliquées dans leur langue maternelle.

Marc-Arthur Pierre-Louis, ingénieur de logiciels, qui réside aux États-Unis d’Amérique, est aussi auteur d’une chronique titrée « Été hexagonal », publiée en 2015.

Lancée en 2013 par la Dnl, la Filha vise à rendre le livre accessible à toutes et à tous, notamment aux jeunes, et leur offrir la chance de rencontrer les auteures et auteurs, tant haïtiens qu’étrangers.

La foire du livre en Haïti représenterait aussi une vitrine pour mieux vendre l’image du pays à l’étranger.

L’écrivaine haïtienne Yanick Lahens, lauréate en 2014 du prix Femina pour son roman intitulé « Bain de Lune », a été l’invitée d’honneur de la 3e édition de la Filha, organisée du vendredi 11 au dimanche 13 décembre 2015 au Champ de Mars (principale place publique de la capitale).

Source: AlterPresse.org

 

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