Me Constael Adrien (Photo: Carl Weidler Jean-Louis)

Il a été suppléant, professeur, directeur d’école, directeur départemental. Il a enseigné au lycée, aux écoles congréganistes, aux établissements privés. Il a formé des professeurs, des avocats, des ministres, des évêques. Maitre Constaël, 72 ans, est l’un des derniers de sa génération  qui s’attache encore à cette profession sacerdotale. Entre satisfaction et déception, son parcours, son expérience, sa carrière esquissent un enseignant accompli.

Il a été suppléant, professeur, directeur d’école, directeur départemental. Il a enseigné au lycée, aux écoles congréganistes, aux établissements privés. Il a formé des professeurs, des avocats, des ministres, des évêques. Maitre Constaël, 72 ans, est l’un des derniers de sa génération  qui s’attache encore à cette profession sacerdotale. Entre satisfaction et déception, son parcours, son expérience, sa carrière esquissent un enseignant accompli.

« Ça a commencé un beau matin de 02 octobre 1965, où j’ai vu arrivé vers moi le garçon du lycée, me demandant de m’habiller tout de suite, car ma présence se révèle nécessaire. Je me suis habillé et je l’ai suivi au lycée.  Et c’était mon installation comme professeur ». Après trois mois de suppléance, maitre Constaël est déjà nommé professeur titulaire au lycée Faustin Soulouque de Petit-Goâve, habilité à enseigner dans les classes supérieures les cours de français, de latin, de sciences sociales. De telles matières concordent à la formation en sciences juridiques qu’il a reçue. Plus tard, il allait diriger le lycée entre mai 1983 et juillet 1992.

Ce n’est pas un amour pour le métier qui lui a conduit vers l’enseignement, mais la nécessité de l’heure. L’ancien élève des Frères de l’Instruction Chrétienne de Petit-Goâve confesse sans fard : « on a dû se réfugier dans l’enseignement car c’est l’enseignement, la seule porte qui  était ouverte à nous. Parce avec un François Duvalier au pouvoir, les portes de l’enseignement supérieur nous étaient fermées ». Cependant, au fil du temps, vu « l’intérêt que les parents et les élèves portaient au travail que nous faisons, nous avons fini par aimer ».

Pa là, le septuagénaire réveille de sa mémoire les conditions précaires dans lesquelles il militait au début. « Les professeurs de lycée ne recevaient nominalement que 250 gourdes par mois et il fallait attendre trois mois avant de recevoir le salaire. Aussi, on savait passer les grandes vacances sans un clou, sans un centime. Et personne ne pouvait rien dire », Divulgue-t-il, d’un ton amer. Marié en 1973, père de famille qu’il est devenu, il avoue avoir cependant constaté une certaine détente, un certain répit avec l’avènement de Duvalier fils. « Les chèques venaient régulièrement », a-t-il souligné.

En salle de classe, le vieux professeur sait ménager rigueur et tolérance. Il interrompt toujours ses cours pour donner une petite blague, puis recommencer tout de suite. « Il faut savoir dérider les élèves, parce que  quand on fait des matières aussi stériles que le français et le latin, il faut savoir comment dérider les apprentis ». En bon maitre de classe, il « n’hésite pas à vous coller un zéro quand vous méritez un zéro et à vous donner un 10 quand vous méritez un 10 ». Il fait la part des choses : « Les zéros, je les colle à tout le monde, que vous soyez proche de moi, éloigné de moi, que vous soyez mon fils ».

Les générations ont passé, le temps a changé, maitre Constaël, malgré l’âge, ne se laisse pas dépasser par les nouvelles tendances qui prennent place à l’école aujourd’hui. Plutôt réaliste, il concède : « Chaque génération apporte sa nouvelle mentalité. C’est à moi de m’adapter. Je dois comprendre certaines choses qu’ils font et que moi à mon époque je ne ferais pas ».

L’ancien Directeur Départemental de l’ouest et des Nippes (1992-1994) connait bien les rouages du système éducatif. Analysant la situation actuelle, il admet que les élèves d’aujourd’hui ont plus de possibilités d’apprendre que ceux d’hier. Par contre, il reconnait que les élevés formés hier sont nettement supérieurs à ceux d’aujourd’hui. De là, sur son fauteuil, dégage ses perspectives « Que les écoles se multiplient dans le pays, que l’on prenne à cœur de bien rémunérer les professeurs et de leur offrir un espace où il fait bon d’enseigner, que les enseignants soient bien formés. L’Etat haïtien doit faire un effort pour uniformiser l’éducation ».

Aujourd’hui, maitre Constaël a vieilli en âge, mais n’a pas l’air épuisé. « On a l’impression d’être toujours jeune », lâche-t-il ironiquement. Il offre encore ses services à une école congréganiste de la ville pendant 19 heures par semaine. Il tient son travail à cœur mais confie qu’il se sent parfois fatigué par la routine. Il ne cache pas sa fierté « d’avoir participé à la formation de la jeunesse de sa ville, de sa génération ».  Il garde toujours en mémoire  ses anciens élèves, qui aujourd’hui, sont devenus  des personnalités importantes. En référence, il cite Monseigneur Glandas Marie Eric Toussaint, évêque auxiliaire de Port-au-Prince dont il a été le professeur grec au Petit Séminaire Saint Martial, Sébastien Hilaire, ancien Ministre de l’agriculture, Josué Pierre-Louis, ancien Ministre de la justice. Le secret de sa carrière, il le résume en ces termes : «Toujours faire contre mauvaise fortune bon cœur ».

À l’avenue de la Liberté, dans sa résidence calme et paisible, l’éminent professeur qui  a été aussi maire de Petit-Goâve entre mai 1979 et juillet 1980, vit ses jours, sans sa retraite, mais décemment.  Là il tient un espace de discussion avec d’anciens amis, de jeunes amis, entourés de ses livres, ses plaques d’honneurs placardés un peu partout dans son salon. Avec derrière lui environs 50 ans d’experience, maitre Constaël compte bientôt mettre fin à sa carrière, « avec le cœur léger, avec le sentiment du devoir accompli ».

Texte: Obed Lamy

Photo: Carl Weidler Jean-Louis

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