«Conscience criblée», édition du CIDIHCA«Conscience criblée » ou la poétisation de la tragédie d'un pays
Au cours de l'année 2010, est parue aux éditions du CIDIHCA, à Montréal, la pièce de théâtre de l'écrivain haïtien Blondel Débrosse : « Conscience criblée » qui avait été déjà publiée en 1985. Inscrite dans la veine du poème tragique, cette oeuvre, subversive, conte l'histoire d'Haïti de 1791 à l'époque la plus récente, celle des années quatre-vingt.

«Conscience criblée», édition du CIDIHCA«Conscience criblée » ou la poétisation de la tragédie d'un pays
Au cours de l'année 2010, est parue aux éditions du CIDIHCA, à Montréal, la pièce de théâtre de l'écrivain haïtien Blondel Débrosse : « Conscience criblée » qui avait été déjà publiée en 1985. Inscrite dans la veine du poème tragique, cette oeuvre, subversive, conte l'histoire d'Haïti de 1791 à l'époque la plus récente, celle des années quatre-vingt. Haïti: « Conscience criblée », c'est une poésie dramatique, une poésie tragique traversée par le vent puissant de l'épopée, dans laquelle le poète-dramaturge parcourt le malheur de son pays, plonge sa sonde dans les plaies béantes de son île : Haïti, « un terroir de déboires ».«Conscience criblée » est bien une oeuvre théâtrale. Elle semble écrite dans la transe orageuse d'un homme en colère, en rage, révolté contre tous les maux qu'on a faits à son pays durant plus de deux siècles, notamment sous la dictature duvaliériste.

«Conscience criblée » est bien une oeuvre théâtrale. Elle semble écrite dans la transe orageuse d'un homme en colère, en rage, révolté contre tous les maux qu'on a faits à son pays durant plus de deux siècles, notamment sous la dictature duvaliériste. L'auteur qualfie cette époque d'« horreur aux fumées de fureur qui infectaient l'air que l'on nous contraignait à respirer ». « L'épouvante comprimait, poursuit-il, les coeurs des habitants effarés de nos villes assombries en ces terribles heures ».

« Une satire contre le régime duvaliériste »

Contre ce régime duvaliériste, l'oeuvre de Blondel Débrosse s'érige en une satire. En témoignent les clichés illustrant la première de couverture de l'ouvrage, qui montrent des victimes de la dictature, celui du dictateur lui-même, ceux de ses hommes de main : les miliciens appelés Tonton Macoute. Les images qui rappellent les tristes souvenirs sont celles de Numa et Drouin, ces deux célèbres victimes qui, tout attachées au poteau, attendaient leur sort : la mort par les hommes qui leur avaient tiré dessus, au vu des spectateurs, dont des écoliers relâchés de l'école pour la circonstance. « Durant vingt et un ans, Drouin et Numa m'habitent troublé, torturé je le fus souvent quand ils se réveillaient simplement j'étais leur medium », témoigne l'auteur dans son ouvrage.

Comme celles de nombreuses victimes connues ou anonymes de la dictature, la mémoire de Numa et Drouin est saluée, on dirait presque magnifiée comme des figures héroïques dans cette oeuvre, à la dimension épique qu'est « Conscience criblée ».

C'est aussi un chant incantatoire aux ancêtres, aux héros de l'indépendance et aux « insurgés » dont « gloire se fructifie en ferveur ». A ces « fameux aïeux, veilleurs de la Cité ». « Nous rentrons dans les rochers de nos aïeux chercher l'énigme qui irise l'effigie des dieux dont les yeux attendris nous conteront des prodiges ». Tout un souffle mystique traverse également cette œuvre.   

  Surgie de l'intérieur d'un homme déchiré et en colère, la révolte évoquée dans « Conscience criblée » consiste à « déraciner de la place les tyrans qui ne sont autres que les dictateurs ». « Ces derniers, dit l'auteur, doivent être tirés et même enterrés tout vivants ».

« Le désespoir est banni de cette oeuvre, tant l'appel qui y lancé se rapporte à la révolte »

Ce poème dramatique comprend trois personnages : Dyesipre (un Noir), Dyesilwen (un mulâtre) et Dyela. Ils ne sont pas trentenaires. Les scènes de l'histoire se déroulent à New York, cadre qui rappellera à tout lecteur « Pèlen tèt » de Frankétienne. Les deux premiers personnages ont la conscience criblée et sont enclins au sacrifice pour leur pays. Le personnage Dyela, qui s'érige « en Beauté, illumination ou bougie », vénère les deux personnages pour leur courage en tant que rebelles et révoltés, « combattants et glorieux guerriers qui vont sortir l'île meurtrie de l'abîme ». Le désespoir est banni de cette oeuvre,, tant l'appel qui y lancé se rapporte à la révolte. Celle qui conduira « sur le chemin du bonheur, de la renaissance ».

« Une oeuvre exceptionnelle dans l'histoire de la littérature contemporaine haïtienne »

D'une belle écriture, mais nerveuse, « Conscience criblée » fait partie de ces oeuvres littéraires haïtiennes qui empruntent au vaudou des mots et des thèmes. Il y a également des phrases en créole qui alimentent cette oeuvre où s'allient, comme dans un chant, musicalité et rythme. « Conscience criblée » constitue, par son style, son écriture, une oeuvre exceptionnelle dans l'histoire de la littérature contemporaine haïtienne.

In fine, « Conscience criblée » est une oeuvre qui donne à revoir, sentir, à travers les images poétiques la tragédie d'un pays encore meurtri, « d'une nation bafouée et ravagée », mais sur qui « le soleil aux yeux d'or élira domicile ».

Ce livre s'inscrit dans la quête d'une poésie qui se veut « libératrice », miraculeuse. Jean-Loup Rivière, de la Comédie française écrit ceci : « La pièce "Conscience criblée" fait partie de ces oeuvres rares aujourd'hui : c'est un poème tragique nourri du sort d'un pays au drame inoubliable. »

« Conscience criblée », édition du CIDIHCA, Montréal, 2010.

Chenald Augustin

Repères biobibliographiques de Blondel Débrosse

Blondel Débrosse est né le 5 avril 1944, aux Gonaïves (Artibonite, au nord de Port-au-Prince). Il est acteur, dramaturge, metteur en scène, poète et maître ès arts. Cet ancien diplômé du Conservatoire national d'art dramatique (CNAD, 1964, sous la direction de Gabriel Imbert) avait fondé, en 1975, la Société haïtienne d'art dramatique (SHAD). Cette compagnie théâtrale a présenté, sous sa direction artistique, deux pièces d'Eugène Ionesco : « Le roi se meurt » (Brooklyn Academy of music et Lee School Dorchester, Boston 1976) et « Les chaises » (Tilden High School Brooklyn, NY, 1977).

Blondel Débrosse est détenteur d'un baccalauréat en comptabilité et d'une maîtrise en littérature française à Brooklyn College City University of New York. Il est l'auteur de « Le parleur de l'heure »

 

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